"Mauvaise" surprise et jet d'eau 1969
« Mauvaise » surprise ! 1969
Ce samedi là, Gilles m'annonça qu'il ne pourrait pas passer tout le week-end avec moi si je ne venais pas le rejoindre chez lui. Pourquoi ? Il devait réviser ses cours… Ses parents seraient-il là ? Je n'avais pas du tout envie de me retrouver à nouveau devant son beau-père ! Non il serait absent. Et sa mère ? Aussi… Alors j'acceptai.
Après le repas de midi, vers quatorze heures, je me présentai chez lui. Une femme blonde, la quarantaine, très distinguée, ouvrit la porte très étonnée. J'eus un moment d'hésitation puis je demandai à voir Gilles. Elle l'appela et quelques secondes plus tard je me retrouvai dans sa chambre. Cette femme était sa mère, il avait préféré mentir car il craignait que je ne vienne pas. Il n'avait pas prévenu sa mère non plus !
- Ce n'est pas grave, tu es là. Je ne voulais pas me passer de toi, j'ai besoin de toi… Je t'aime…
Un peu contrariée au début, j'oubliai tout plus tard dans ses bras.
J'appris plus tard que sa mère en me voyant si menue dans ma robe blanche à fleurs bleu pâle (45 kilos) avait l'impression que je risquais de me briser au moindre petit choc !
Le jet d'eau !
Un samedi soir pas comme les autres et pourtant… Il avait commencé par la rituelle soirée entre amis. Tous les copains s'étaient réunis chez Dominique Matija. Ses parents étaient absents. Son père, un important agent immobilier de Metz, avait une cave à champagne bien pourvue. Combien étions-nous ? Une bonne vingtaine dont le plus folklorique et le plus vieux était Claude Huguet. Formidable ébéniste, capable de faire avec ses mains des merveilles, il était par contre très fainéant. Sa mère répétait sans cesse : « Il doit restaurer le haut de l'armoire depuis deux ans et il n'a jamais le temps ! ». Il était ainsi, travaillait au coup par coup selon son humeur du moment. Sous la pression, il s'arrêtait net. (J'ai appris dernièrement son décès).
Donc cette fameuse nuit à une heure du matin environ, Claude prit une chaise, descendit les étages, traversa la rue et s'installa au milieu du bassin rempli d'eau avec une canne à pêche déployée et fit mine de pêcher, tout ceci en chantant à tue-tête ! Il avait toujours des idées farfelues et parfois dangereuses. En effet, un jour il nous montra ce qu'il entreposait dans sa remise, des meubles anciens de toute beauté. « A restaurer quand j'aurai le temps » disait-il ! Puis soudain, sans savoir pourquoi, il sortit un pistolet caché sous les planches, et tira dans tous les coins. Nous avions beau lui crier d'arrêter, il était comme fou, il tirait devant lui ! Puis il s'arrêta de la même façon qu'il avait commencé : brutalement, sans raison.
Tandis qu'il pêchait, nous eûmes l'idée, par nous, je sous-entends plusieurs filles et un autre copain, Marc Filior, de verser de la lessive dans le bassin, un plein baril d'Omo ! Cela faisait quelques bulles, sans plus parce que le jet d'eau n'était pas en fonctionnement. Mais le lendemain!... Nous ne connûmes les dégâts qu'en lisant le journal du lundi matin ! Quand le jet d'eau s'était remis en route, la lessive avait moussé… moussé… Jusque sur les trottoirs et l'entrée de la banque du CIAL ! Encrassant toutes les conduites souterraines ! Il fallut à la ville plusieurs jours pour tout remettre en état. Le père de Marc Filior travaillant à la Ville de Metz, nous n'eûmes pas d'ennuis. Monsieur Matyja découvrit le carnage dans sa cave ! Après avoir remonté les bretelles à son fils, il ne lui laissa plus les clés de la maison !
Gilles tout en s'amusant avec nous, n'avait pourtant pas participé au désastre lessive ! A six heures du matin, alors que les copains dormaient partout dans l'appartement, Béatrice, une copine, avait même mis des couvertures et un oreiller dans la baignoire, Gilles et moi, nous quittâmes les lieux. Nous avons marché jusque chez moi. L'air frais nous faisait du bien et remettait nos idées en place après la brume du trop plein de champagne ! Mes parents n'étaient pas réveillés alors ils n'avaient pas su l'heure de mon arrivée mais chez Gilles ce fut le chant du coq ! Un cocorico pas très aimable ! D'autant moins qu'il avait appelé à la dernière minute pour dire qu'il ne rentrerait pas diner!

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