Etrange rencontre imprévue 1969
Le temps passait et mes sentiments pour Gilles s'intensifiaient. J'avais peur de cet amour, je ne voulais plus souffrir mais je me sentais bien avec lui. Quand il retournait à Strasbourg pour ses études de médecine, il m'écrivait souvent et j'attendais avec impatience ses lettres pleines d'amour auxquelles je répondais immédiatement avec passion. J'étais en pleine euphorie quand il revenait pour le week-end. Je l'attendais au bowling le samedi soir. Cette fois encore, ses parents ne savaient pas qu'il revenait toutes les semaines. Quinze jours de séparation auraient été trop longs pour nous.
Un samedi, alors que j'attendais Gilles au bowling comme d'habitude, un homme demanda à Théo si une Violette était présente. Théo me fit signe et je me retrouvai devant cet inconnu d'environ quarante cinq ans, très snob dans son costume de ville. Il se présenta :
- Je suis le père de Gilles et j'aimerais vous parler… Pourrions nous aller au Beaulieu, il n'y a guère de monde à cette heure… Ce serait mieux qu'ici où vous êtes connue…
J'acceptai non sans prévenir en douce Théo de dire à Gilles de m'attendre dans l'arrière salle et qu'il ne devait surtout pas se présenter au Beaulieu comme nous avions l'habitude de le faire parce que j'y serai avec son père…
Je rejoignis donc cet homme au Beaulieu. Je me doutais un peu de ce qu'il allait me demander et je ne fus pas déçue ! Il attaqua d'emblée :
- Madame Lauer, pourriez-vous me dire ce que vous attendez de Gilles ? Depuis qu'il vous connaît il fait n'importe quoi !
- Si c'est pour me dissuader de le fréquenter, c'est peine perdue…
- Vous êtes divorcée, avec un enfant, ce sont de lourdes charges pour un étudiant de surcroît, plus jeune que vous.
Pensait-il m'impressionner ? Gilles était bien assez adulte pour savoir ce qu'il devait faire de sa vie ! Il prit ensuite un ton mielleux pour dire que devais me trouver quelqu'un de plus vieux… Je sursautai car il venait de me prendre la main. A quoi jouait-il ? Etait-ce un test pour voir ma réaction ? Sa phrase suivante fut offensante :
- Ne jouez pas à la sainte nitouche… Vous, une simple serveuse… Vous visez la sécurité et l'argent…
J'étais outrée !
- Ecoutez-moi bien monsieur je sais tout ! Je ne vais rien dire à Gilles de notre conversation ni de votre comportement, il serait trop déçu ! De l'argent mes parents en ont ! Je vis dans du coton depuis ma plus tendre enfance alors que pourriez-vous m'apporter de plus par votre fils ? Vous avez été très mal renseigné ! De plus, je ne cherche absolument pas à me caser ! Je sors d'un divorce pénible. Quand à mon emploi de barmaid, c'était juste pour rendre service à une amie ! Vous ne savez rien de moi ! Par contre moi je sais ce que vaut votre fils que vous prenez pour un incapable au niveau de ses choix, il je juge pas sans savoir lui ! Sur ce, je vous prie de m'excuser, mais je ne tiens pas à continuer cette conversation. Je dirai à Gilles que je vous ai vu car tout le bowling le saura, mais certainement pas ce que vous avez osé me dire.
Il me retint par le bras :
- J'ignorais que vous viviez avec vos parents. Je suis désolé… Je voulais juste savoir si Gilles était là ce week-end…
Je me mis à rire :
- Vous pensiez le surprendre ! Mais vous savez très bien que ce n'est pas son week-end de retour mais la semaine prochaine…
Je venais de lui mentir en pleine figure sans aucun scrupule ! Je ne savais pas s'il avait des doutes mais en tous les cas il n'est pas retourné au bowling où Gilles m'attendait inquiet.
- Que te voulait mon père ? Sait-il que je suis là ?
- Non chéri, ne te fais pas de soucis, il est parti… Il voulait juste savoir qui j'étais et si je ne me moquais pas de toi…
- De quoi se mêle t-il ? Je vais…
- Chut… Ce n'est pas grave… Le week-end passe très vite alors pas la peine de le gâcher…
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