Chapitre 3 suite : Crise 1969
CRISE
En me levant ce matin là, je ne me sentais pas très bien. Je n'avais pas reçu de courrier de Gilles depuis trois jours. Je n'étais donc pas de bonne humeur en arrivant au bureau. Pour comble, Michel était bizarre, peut-être avait-il encore eu des problèmes chez lui mais je n'étais en rien responsable alors pourquoi ce ton dur avec moi ?
- Pouvez-vous déjeuner avec moi ? Je vous expliquerai…
Son attitude m'intriguait. Le directeur était également étrange avec moi. Cela commençait à m'agacer sérieusement… Nous nous retrouvâmes donc au restaurant marocain face au bureau. Michel entama la conversation par monsieur Ackermann :
- Il m'a parlé de vous et de votre escapade à Coblence…
- Oui et alors ? Il n'y a rien d'extraordinaire ! Je ne faisais que mon métier.
- C'est ainsi que vous appelez votre relation avec lui ?
- De quoi parlait-il ? J'allais lui répondre que ma vie ne le regardait pas puis je changeai d'avis…
- Soyez plus clair, Michel…
- C'est pourtant compréhensible… Vous étiez dans la même suite…
Je suffoquai ! Ackermann avait parlé de cela avec lui ! Il avait certainement omis volontairement de préciser que je n'étais pas dans la même chambre ! Je n'allais pas me justifier ! Je n'avais de compte à rendre à personne ! Je me levai en disant que je n'avais plus faim et qu'il devait continuer son repas seul. Il me prit le bras en me tutoyant :
- Je t'en prie Violette, reste… Tu as raison… Je n'ai rien à te dire, cela ne me concerne pas.
- Alors parle-moi de ta conversation avec Ackermann !
- D'accord… Il prétend avoir passé une nuit géniale et chaude avec toi… Je te passe les détails…
- Et tu m'en as cru capable ? Tu m'as jugée sans rien connaître de ces deux jours… Bravo… Je vais te donner ma version même si je ne devrais pas me justifier à tes yeux… J'ai cependant horreur de ce genre de situation !
Après mon récit, Michel ne cessait de s'excuser. C'était trop tard. Il me demanda quelle serait ma réaction face au directeur. Je ne répondis pas. Par contre, une heure plus tard, j'entrai comme une furie dans le bureau ! Passait la première porte puis me retrouvai devant Ackermann. Sans lui laisser le temps de revenir de sa surprise :
- Pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous répandez des mensonges sur mon compte concernant notre séjour à Coblence ?
- Madame Lauer, où vous croyez-vous ?
- Dans votre bureau et j'attends une réponse !
- Je vois que Michel Lecat a parlé… Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose entre vous…
- Ce que vous pensez m'importe peu à présent, Michel est un homme marié, ce n'est qu'un ami, du moins je le croyais… Si vous propagez de tels mensonges et si vous ne rétablissez pas la vérité, je ne pourrai plus travailler ici ! Mon père avait bien raison… Il était sceptique sur ce déplacement subit… J'aurais dû l'écouter.
- Je vous en prie Madame Lauer, n'en faites pas un drame… Ce n'était qu'une discussion entre hommes, et Michel n'aurait pas dû vous la rapporter. Je suis désolé, j'étais un peu vexé… Je ne peux pas empêcher votre démission mais vous me devez un mois de préavis. Par contre si vous vouliez rester…
Il était vexé ! Cela ne lui donnait pas le droit de me salir ! Il me demanda de réfléchir.
J'étais indécise. J'avais besoin de travailler et un nouvel échec ne m'enchantait pas. J'acceptai donc de rester à condition de ne plus faire de déplacement. Je le vis soulagé, certainement parce qu'il craignait une plainte pour harcèlement auprès de l'Inspection du Travail… Ce que j'aurais fait.
Michel m'attendait dans le couloir.
- Quel tempérament ! Je ne m'attendais pas à ce que tu agisses de la sorte ! Et Ackermann non plus je présume.
- Je n'ai plus envie d'en parler… Les hommes vous êtes tous dingues et j'en ai vraiment ma claque !
Pendant quelques jours l'ambiance fut tendue puis la vie reprit son cours normalement. Le mois suivant, je sentis à nouveau un vent froid dans l'atmosphère. Michel me dit que la société avait des difficultés de trésorerie. Pourtant les factures étaient honorées ! En fait, c'étaient les cotisations à l'URSSAF qui n'avaient pas été payées et le montant élevé aboutissait à une liquidation judiciaire à moins d'une compression de personnel. J'avais compris.
Le premier septembre 1969, je reçus une lettre recommandée et le 30 du même mois, je quittais l'entreprise Ferrotol. Je me retrouvais à nouveau sans travail ! Je choisissais vraiment très mal mes employeurs ! Michel quitta la société quelques mois plus tard pour la même raison. La survie ne dura guère. La société Ferrotol finit pas disparaître.


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