Chapitre 3 suite : Réunion à Coblence 1969
Réunion à Coblence en Allemagne
Depuis une semaine je savais que j’irais à Coblence avec monsieur
Ackermann à une réunion sur les nouveaux procédés de peinture et de protection
des métaux contre la corrosion. Papa, comme d’habitude, ne comprenait pas ce
déplacement. C’était pourtant évident. Je devais prendre des notes quand les
divers orateurs prendraient la parole. (Aujourd’hui tout serait consigné sur un
enregistreur et sur un ordinateur mais à l’époque, les secrétaires n’avaient
que la sténo en écriture rapide et pas
toutes ! C’était une spécialité recherchée par les employeurs.) Papa
n’était pas convaincu. Il pensait que mon patron avait autre chose en tête.
C’était de l’obsession ! Il faut dire que cela ne m’avait pas trop réussi
antérieurement !
Je n’avais pas vu Michel avant mon
départ. Etait-il au courant de ce court séjour en Allemagne ?
Qu’importe, ce n’était pas son affaire. Le comptable le mettrait au courant en
notre absence.
Arrivée à Coblence, j’eus une
surprise de taille ! Une suite avait été réservée au nom de monsieur et
madame Ackermann ! Je fis part immédiatement de mon mécontentement au
directeur et voulus prendre une autre chambre. Il m’arrêta dans mon élan :
- Madame Lauer calmez-vous !
Cette suite a deux chambres séparées par un boudoir et chacune, sa propre salle
de bains. Ce n’est qu’une question de justificatifs de frais de déplacement.
J’allais vous en parler…
Devais-je le croire ? Vrai ou
faux, de toutes façons il connaissait ma position à présent !
A dix huit heures, en sortant de la salle de
réunion, après seulement une heure d’arrêt pour le déjeuner, j’avais la tête en
feu. Il me fallait vite transcrire mes notes en clair avant d’oublier tous les
mots techniques. Le directeur me donna donc rendez-vous, au premier étage, dans
la grande salle du restaurant où devaient nous rejoindre, deux collègues et une
autre secrétaire, Marjorie.
Les textes bien en place, contente
d’avoir terminé, je pris une douche rapide avant de choisir une tenue pour la
soirée. J’en avais emmené trois, ne sachant pas vraiment quelles seraient les
« festivités ». J’optai pour un ensemble noir : jupe juste au
dessus du genou, un spencer et un chemisier pêche légèrement échancré. J’y
ajoutai un ras du cou en or avec un pendentif en forme de cœur. Je n’avais plus
le temps de me faire un chignon, alors mes cheveux longs, bien brossés feraient
l’affaire. J’étais assez fière de l’image que me renvoyait le miroir.
Cependant je traversai l’immense
salle du restaurant, pas très à l’aise car
je sentais le regard appuyé de certaines personnes, des hommes
apparemment admiratifs mais aussi des femmes. Le directeur se leva dès que je
m’approchai de la table, il était seul, les autres n’étaient pas encore
arrivés.
- Puis-je vous faire un compliment madame
Lauer sans que vous n’en preniez ombrage ?
Devant mon sourire il continua :
- Vous êtes très élégante et je suis
fier de votre présence à mes côtés.
Je le remerciai gentiment et poliment
mais sans plus. La soirée fut charmante et gaie, chacun y allait de ses
anecdotes. A minuit je prétextai un peu de fatigue, Marjorie en fit de même, si
bien que nous laissâmes ces messieurs entre eux. Le champagne me tournait un
peu la tête et j’étais contente de me retrouver dans ma chambre.
Vers trois heures du matin, je fus
réveillée par des coups légers à la porte. Je n’ouvris pas car cela venait de
la porte du boudoir. Si monsieur Ackermann voulait me parler il le ferait le
lendemain et si c’était pour un autre motif, il n’en était pas question. Je me
félicitai d’avoir fermé la porte à clé !
Nous quittâmes l’hôtel le lendemain à
neuf heures après le petit déjeuner. Monsieur Ackermann ne fit aucun
commentaire sur ce qui s’était passé la nuit. Il disait avoir trop fêté avec
ses collègues et avoir eu du mal à retrouver sa chambre, ce furent ses seules
confidences. Il avait encore un rendez-vous dans la matinée et me donna
quartier libre jusqu’au déjeuner. Ensuite nous reprendrions la route vers Metz.
Coblence était une ville agréable,
arrosée par le Rhin et la Moselle et très pittoresque avec ses ruelles et ses
rues étroites. En allant vers la Munzplâtz, je m’arrêtai dans un magasin de
souvenirs. Je choisis divers petits objets et me dirigeai vers la caisse….
Catastrophe, je n’avais pas des marks mais des francs !
Comment
avais-je pu oublier un tel détail ? Il faut dire que les prix, écrits en
minuscule ne m’avaient pas alertée.
Heureusement la commerçante, voyant mon embarras sincère, accepta de
prendre des francs à un taux évidemment plus élevé que les banques ! Je me
rendis ensuite à la terrasse du café où j’avais rendez-vous avec mon patron. Il
arriva avec une heure de retard ! Il semblait énervé mais je ne lui posai
pas de question.
Après un repas rapide, nous fûmes sur
le chemin du retour. Les deux cent trente cinq kilomètres ne semblaient pas
finir ! Quand il m’arrêta devant chez mes parents, monsieur Ackermann me
dit que je pouvais prendre une journée de congé. J’acceptai volontiers !

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