chapitre 3 suite Début chez Ferrotol juin 1969
Juin 1969 Début chez Ferrotol
En arrivant au bureau, le directeur
me présenta l’architecte de la société, Michel Lecat, bel homme, grand, la
trentaine, blond aux yeux bleus, tout l’inverse de lui, la quarantaine, de
taille moyenne, brun au regard noir.
Après avoir pris connaissances des
lieux, fait une partie du courrier en retard et mis de l’ordre dans les
fichiers épars sur le bureau, je m’attaquai aux factures en vrac sur un meuble.
Monsieur Ackermann semblait satisfait et Michel lui dit :
- On voit bien là le travail d’une
professionnelle ! Le bureau est méconnaissable !
J’avais passé la journée à tout trier,
ranger les documents dans les classeurs correspondants et à en créer de
nouveaux. J’appréciai le compliment.
Quelques jours plus tard, Michel
m’invita au restaurant pour le déjeuner. J’acceptai, ce serait plus agréable
que d’être seule devant mon assiette à la pizzeria. J’appris ainsi que Michel
était marié et avait une petite fille de cinq ans. Il prononça cette phrase
assez brusquement et je m’étonnai :
- Auriez-vous des problèmes ?
Vous n’êtes pas obligé de me répondre si vous ne le désirez pas…
-Je n’ai rien à cacher et puis… Nous
travaillons ensemble… Alors pour faire court : Ma femme n’est pas de
nature très fidèle et elle ne s’occupe guère de notre fille. La petite est
toujours chez une voisine ou chez sa nounou…
Je ne sus que lui répondre, donc je
me contentai de l’écouter. Je ne lui fis aucune confidence me concernant.
Quand, en fin de semaine, je parlais
de lui à Gilles, il me dit immédiatement qu’il le connaissait et qu’il vivait
avec sa femme et sa fille dans la même résidence que lui et au dessus de l’appartement
de la copine qui s’était mariée récemment et où nous étions invités. De plus il
était le frère de François Lecat qui travaillait au Bowling des Ambassadeurs. Incroyable !
Je n’avais pas fait le rapprochement avec François qui tenait la caisse des
pistes ! Que de coïncidences !
Je sentais Gilles nerveux et j’avais
raison car :
- Ce gars plait aux femmes, du moins
est-ce sa réputation dans la résidence.
- Lui, dit que c’est sa femme qui le trompe…
- C’est un peu facile… Je te fais
confiance mais sois quand même sur tes gardes…
- Pourquoi devrais-je me laisser
séduire par un dragueur notoire ? Et si ce n’était qu’une rumeur ?
- Tu vois, tu te poses déjà des
questions ?
- Je sais surtout le mal que peuvent
faire les fausses rumeurs !
- Tu as raison, cessons de parler de
ce mec… Le week-end passe très vite et je ne veux penser qu’à nous. Surtout que
les examens sont proches et que je ne pourrai pas rentrer la semaine prochaine.
Nous étions assis dans un coin à l’écart
au bowling. Il n’avait pas envie de rentrer chez lui alors il téléphona pour
prévenir qu’il ne dînerait pas à la maison. Il devait le faire avant dix neuf
heures, son beau-père était très strict à ce sujet, sinon il serait obligé de
rentrer car sa mère aurait déjà préparé le souper. Nous n’avons rien mangé ce
soir-là. Ne dit-on pas que l’amour nourrit !
Je rentrai chez moi vers minuit. J’ouvris
la porte doucement afin de ne réveiller personne puis je me faufilai dans la
chambre. Marc dormait à point fermé alors je me glissai rapidement sous les
couvertures. Je ne m’endormis pas immédiatement, je repensai à ma soirée avec
Gilles. Sa tendresse et sa douceur me faisaient fondre. J’avais pourtant peur
du jour où la relation serait plus intime. Je le craignais tout en le désirant
très fort. Quelque chose avait changé en moi. Mais quoi ? Je m’endormis
sur cette question.
Le lendemain dimanche, à dix neuf
heures, je l’accompagnai à la gare. J’étais triste car nous allions être
séparés un long mois. Il me serra très
fort contre lui :
- Je t’écrirai tous les jours, je t’aime…
Moi aussi je l’aimais et je compris
pourquoi j’étais différente.

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