chapitre 3 suite : 28 mars 1969

28 mars 1969

 

          Depuis l’accident, une planche avait été placée sous mon matelas. Après plus d’un mois, l’immobilité me pesait. Je recevais des visites régulières de Jean-Pierre avec ses fleurs. Même Marie-Claude était passée en me demandant si je voulais enterrer la hache de guerre. Elle se sentait un peu responsable car nous venions tous de ses fiançailles et que nous avions bu du champagne, trop sans doute. Je la rassurai immédiatement tout en étant très surprise de son attitude. Elle était une amie de Christine Meyer ! J’acceptai néanmoins la fin des hostilités et sa boite de chocolats. Papou m’apporta un gros bouquet de fleurs et Gilles en fit autant en revenant de Strasbourg. Il passa tout le week-end avec moi et allait rester plus longtemps cette fois en raison des vacances de Pâques. J’étais soulagée car Jean-Pierre s’attachait trop à moi. Un après-midi il m’avait dit :

 

          - Tu es adorable dans cette chemise de nuit !

 

          - Je suis surtout cassée de partout et j’ai une mine affreuse sans maquillage !

 

          - Pour moi tu es toujours aussi belle…Je te préfère d’ailleurs au naturel…

 

          Je dus lui dire de changer de sujet sinon il ne pourrait plus me rendre visite. Il leva les bras au ciel mais accepta. Je reçus également une magnifique corbeille de fruits avec un étrange message :

 

Bon rétablissement petite fleur sauvage.

Toute mon « Amitié »

Yves

 

          Aucun ami portait ce nom  sauf… Yves Von…quelque chose des Rose-croix ! Comment aurait-il appris mon accident ?  Dans les visiteurs, il y avait également Jacques, une autre connaissance du bowling, son père était restaurateur. Il me rapporta des nougats et des pâtisseries.

 

          Après le départ de tous, je respirai un peu. J’étais encore très fatiguée et j’en avais marre de ces emplâtres qui me paniquaient ! Ma poitrine était-elle abîmée ? J’en faisais des cauchemars.

 

          Le soir, même, nous fêtions l’anniversaire de maman. J’avais demandé à ma sœur de lui acheter un cadeau, sans rien lui dire avant le souper. Je voyais bien qu’elle était un peu triste dans la journée et j’eus du mal à garder le secret.    A vingt heures, papa se présenta avec un gros bouquet de roses rouges en disant :

 

          - Bon anniversaire Chérie ! Je sais bien que la maison est remplie de fleurs mais celles-là sont pour toi, quarante six plus une pour avoir un nombre impair pour le bouquet.

 

          Les bougies du gâteau furent soufflées dans ma chambre puis s’en suivit la distribution des cadeaux. Maman pensait qu’à cause des derniers évènements nous n’avions pas pensé à son anniversaire. Elle en avait les larmes aux yeux !

Comment aurions nous pu oublier une telle journée !

 

          Marc passait sa journée près de moi, il me demandait souvent si j’avais mal parce que je grimaçais en tentant de me relever sur les coudes.

 

          - Juste un peu mon petit bonhomme… Mais ce n’est pas grave….

 

          - Alors pourquoi tu ne te lèves pas !

 

          - Cela va venir…Bientôt…

 

          Il grimpa sur le lit et vint se coucher sur mon épaule. Je serrais les dents pour ne pas qu’il s’aperçoive que même ce geste était douloureux, Papa me fit signe… Non, le petit pouvait rester, c’était supportable j’étais trop contente de l’avoir près de moi !



Article ajouté le 2008-03-20 , consulté 111 fois

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