Chapitre 3 suite : Christine Meyer et l'accident

15 février 1969

 

          Après des fiançailles un peu houleuses entre Marie-Claude et Georges, ces deux là se disputaient tout le temps, nous avions décidés d’aller voir le film « Le salaire de la peur » chez Christine Meyer, une fille de notre bande. Comme nous n’avions pas de voiture, Christine nous avait embarqués dans le coupé Peugeot 204 de sa mère, ainsi que Patrick, surnommé Papou.

 

          La route, couverte d’une couche de neige sur du verglas rendait le boulevard Saint-Symphorien dangereux. Christine discutait et roulait trop vite. Je n’étais pas vraiment rassurée car elle conduisait vraiment très mal et avec imprudence quant à la vitesse. Soudain, un camion  l’effraya. Il était encore loin et de toutes façons roulait normalement à sa droite, Christine crut qu’il était  à gauche et freina brusquement. La voiture zigzagua un moment, puis percuta deux voitures en stationnement pour finir sa course dans un arbre.

 

          Gilles m’avait baissé la tête pour adoucir le choc et éviter le haillon arrière. La rencontre avec les obstacles à cent à l’heure fut très brutal. Le siège de la conductrice lâcha et je fus prise en étau entre Christine qui s’affalait et la banquette arrière. J’avais du mal à respirer. Je posais la main sur mon pull violet et hurlai. J’avais comme un trou au niveau du sternum mais je ne saignais pas. Christine se plaignait car elle avait emprunté la voiture de sa mère sans son autorisation :

 

          - Mon Dieu, que vais-je lui dire ? Tout l’avant est enfoncé !

 

          A mon cri elle paniqua davantage. Qu’avais-je ? Ce ne devait pas être grave puisque je n’avais pas l’air blessée ! Gilles dit immédiatement qu’il fallait me transporter à l’hôpital Bon Secours, le plus près, que l’enfoncement au niveau de la poitrine m’empêchait de reprendre mon souffle. Les copains dans des voitures derrière nous, avaient vu arriver le désastre au moment où le véhicule Peugeot dérapait et tournoyait dans tous les sens.

 

          Je montais péniblement dans la dauphine de Jean-Pierre GERARD avec Gilles et ils m’amenèrent à l’hôpital. Christine et les autres, attendaient la police pour le constat. Il était alors vingt deux heures trente. Pas moyen de joindre le médecin de garde car évidemment c’était le week-end ! Un radiologue est venu s’occuper de moi, il se nommait LAUER comme moi ! Résultat des radios ? Enfoncement du sternum mais comme mes os étaient encore souples, je n’avais pas de fractures multiples. Un médecin, un interne de service,  arriva enfin, consulta les radios puis me pressa fortement les côtes pour diminuer l’enfoncement. J’ai crû mourir tellement je souffrais ! Finalement, son geste me fractura deux côtes flottantes et j’avais une petite bosse à la place du « trou » précédent. Ensuite, des bandes de plâtre furent appliquées sur la poitrine car les muscles du torse étaient décollés  et il fallait tout maintenir en place. J’étouffais dans ce carcan !

 

          Je ne voulus pas rester à l’hôpital alors Jean-Pierre et Gilles me ramenèrent chez moi. Il était alors deux heures du matin ! Ce fut papa qui ouvrit la porte. Il était en slip. De son air sévère et inquiet il dit en me voyant et s’adressant à Gilles :

 

-         Qu’est-ce qui lui est encore arrivé ! (Comme si j’étais une habituée des catastrophes !)

 

          Il voyait bien que les deux hommes me soutenaient mais ne comprenait pas pourquoi. Il comprit quand je soulevai mon pull. Nous réussîmes à lui expliquer la situation puis ils m’aidèrent tous à m’allonger. Je n’en pouvais plus ! Gilles m’embrassa sur la joue et promit de revenir le lendemain après-midi. Jean-Pierre en fit de même.

 

          En bas de l’immeuble attendaient les copains pour savoir comment avaient réagi mes parents. Christine était transie de peur ! Qu’allait-il se passer maintenant ? La police allait certainement venir à la maison pour avoir ma version et aussi constater les blessures le lendemain. Hervé proposa à Gilles de rentrer, de dormir et de réfléchir ensuite calmement à ce qu’il fallait faire. En effet, Gilles n’était pas rassuré. Ses parents apprendraient obligatoirement les faits car il ne serait également convoqué par la police du fait qu’il y avait une blessée. Normalement il devrait être à Strasbourg et non à Metz ! Il était revenu pour moi ! Il savait déjà que les reproches allaient pleuvoir ! De plus, il n’avait pas l’intention de retourner en Alsace avant de me savoir mieux.

 

          Il resta donc à Metz jusqu’à mardi et vint me voir tous les jours. Christine se présenta le lundi en me demandant de ne pas faire de déclaration sans avoir consulté ses parents. C’était trop tard. Papa avait déjà fait toutes les démarches auprès des assurances avec l’aide de la police. Du coup elle se fâcha et ne revint plus me voir. La famille Meyer prit un avocat pensant se décharger de toute responsabilité. Ce ne fut pas le cas, car mon père avait également fait appel à un avocat. Ce fut une rude bataille  qui dura plus d’un an mais à mon avantage. J’étais donc définitivement brouillée avec Christine Meyer !



Article ajouté le 2008-03-20 , consulté 163 fois

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