Chapitre 2 suite : Novembre 1968 : Denise...
Fin novembre 1968 : Denise…
Ce n'était pas la gloire à la maison. Vianney était très soucieux, voire triste. J'appris dans la matinée que sa copine Judy originaire de l'Ontario était retournée dans son pays, le Canada. Elle aurait bien voulu des fiançailles officielles et un mariage en vue pour pouvoir rester en France, mais Vianney n'avait que dix sept ans et c'était impossible. Le départ de cette fille, très mignonne et gentille que toute la famille avait vite appréciée, semblait avoir perturbé toute la vie de mon frère.
Il n'était plus le même, d'une extrême nervosité, et depuis peu, il fréquentait des copains assez louches, de petits loubards. Ce nouvel entourage inquiétait énormément maman. Je la trouvais très perturbée les derniers jours. Papa n'allait pas bien non plus. S'étaient-ils disputés ? Etait-ce à cause de grand-mère ?
Mémé Metz avait passé le week-end avec nous et chaque fois cela mettait le trouble dans la famille. Je devais en avoir le cœur net alors quand papa ramena mémé Metz chez elle, je posai des questions à maman. Avait-elle un problème avec lui ? Elle répondit tristement :
- Je ne sais pas…
- Mémé Metz t'a-t-elle encore craché son venin ? Qu'a-t-elle encore inventé ?
- Elle a dit une phrase, en vérifiant que je l'entende bien pour provoquer une scène entre nous…
- Quelle phrase pour te mettre dans un tel état ?
- Elle a dit à ton père « J'ai retrouvé les gants de Denise dans ta voiture, elle a dû les oublier quand elle était avec toi…Je lui rendrai demain à moins que tu ne veuilles le faire toi-même… »
- Qui est Denise ?
- Celle qui vient lui faire le ménage et les courses chez ta grand-mère.
- Qu'a répondu papa ?
- Rien sur le coup, puis voyant ma tête, il est venu dans la cuisine en disant qu'il était impossible que sa mère ait trouvé des gants dans sa voiture car Denise n'y était jamais montée…
- Il dit peut-être la vérité.
- Je suis sceptique… ton père a fixé sa mère méchamment mais sans rien dire…Je ne sais pas du tout ce que je dois en déduire et je ne voulais pas parler devant elle pour ne pas lui faire ce plaisir.
Comme j'étais en congé en milieu de semaine, je me rendis chez mémé Metz. Je la trouvais en conversation avec une femme de trente cinq ans environ, blondasse et un vrai sac d'os. C'était Denise. Je lançai immédiatement :
- Grand-mère vous a-t-elle rendu les gants que vous aviez oubliés dans la voiture de mon père ?
Denise se racla la gorge puis finit par dire qu'il l'avait ramenée chez elle parce qu'il pleuvait mais qu'elle avait oublié ses gants chez mémé Metz et non dans la voiture…Cette dernière me lança un regard furibond. Ainsi elle avait tout manigancé !
- Comment peux-tu être aussi méchante et machiavélique ? Ne recommence plus jamais sinon je te garantis que tu ne mettras plus les pieds chez nous !
Elle ricana et dit que jamais son fils ne permettrait cela, que je ne pourrai pas l'empêcher de venir chez son fils…
- Le crois-tu vraiment ? Attend que je lui raconte tout ce que tu trames pour le séparer de maman !
- Ton père n'a jamais vraiment été fidèle, c'est lui qui a insisté pour ramener Denise, il est d'ailleurs venu plusieurs fois et les jours où il savait qu'elle était chez moi…
La colère me submergeait :
- Vas-tu te taire à la fin ! Et vous Denise, ne vous avisez pas de draguer mon père parce que je finirais bien par vous faire renvoyer ! C'est mon père qui vous paie ! Ne me sous estimez pas !
- Mais ce n'est pas moi…C'est lui qui…
- Il va être heureux de savoir ce que vous dites de lui ! Je crois qu'il ne va pas aimer du tout !
Je sortis en claquant la porte laissant les deux femmes complètement tétanisées par ma réaction. Quelque chose me chagrinait, papa avait nié avoir ramené Denise. Il avait donc menti à maman. Je ne parlai pas à maman de cette visite mais posai la question à papa quand nous fûmes seuls :
- Pourquoi n'as-tu pas dit la vérité à maman, elle aurait compris que tu ramènes Denise par temps de pluie…
- Ma chérie, qui t'a dit une chose pareille ?
- Denise elle-même…Je l'ai vu cet après-midi…Je ne te comprends pas…
- Il n'y a rien à comprendre…Je n'ai rien fait de répréhensible…Je ne voulais pas que ta mère laisse libre cours à son imagination…Elle a vu Denise un jour et l'a immédiatement prise en grippe…J'ai voulu éviter une scène…
- Eh bien, c'est raté ! Tu devrais lui parler…Je n'aime pas vous savoir fâchés.
- Ma chérie, ne te tracasse plus…Tout ira bien maintenant. Tu es quand même incroyable, il a fallu que tu ailles vérifier. Je suppose que tu as mis la pagaille là-bas !
- Juste un peu…Mémé Metz était aussi virulente que moi…
- Et pour cause ! Tu n'aurais pas dû débarquer chez elle comme çà !
Il avait prononcé cette dernière phrase en souriant et en hochant la tête. Je lui fis une grosse bise sur la joue et rejoignis maman qui se demandait ce que nous complotions. L'atmosphère se détendit les jours suivants et je supposai que l'explication avait eu lieu entre mes parents.

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