Chapitre 2 suite : Les prétentieux...et l'imprévu...
Messieurs les prétentieux…
Le retour de vacances ramena les étudiants au bowling. Le plus infernal était Dominique M. Il entra le premier jour en me disant : Bonjour Paul !suivi d'un copain qui l'imita : Bonjour Albert. Je ne leur répondis pas alors Dominique cria : Eh Théo où as-tu déniché une serveuse pareille ? Elle est sourde ou muette ? Il se croyait malin en m'apostrophant ainsi. Il ne m'impressionnait pas et je l'ignorai. Je n'avais pas envie de répondre à cette idiote provocation.
Il commanda à boire et je le servis sans ouvrir la bouche. Son ami Gilles R. me demanda un radeau dans un grand verre. Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Je n'en avais jamais servi. Il me dit d'un air hautain que c'était une limonade avec une rondelle de citron, dans un grand verre si possible. Ce snobinard en col roulé blanc et pardessus marine m'énervait. Je cherchai un très grand verre sur l'étagère derrière moi, le remplis de limonade et le posai brutalement sur le comptoir en disant : Le verre est-il assez grand ? Dominique fit encore quelques remarques acerbes puis ils partirent tous les deux sur les piste de bowling
Gilles en pleine activité !
Tandis que je les regardai, un groupe à une table m'appela. Ils voulaient tous des Vodka orange. Quand j'arrivai avec le plateau, l'un d'eux, Gilles Santos me fit une remarque désobligeante, joignant le geste à la parole, je secouai ledit plateau et le liquide jaune orangé aspergea le malotru et une partie de la piste de bowling.
Madame Théo me pria instamment de nettoyer et de m'excuser. Il n'en était pas question. Elle vociféra, menaça de me renvoyer et, comme d'habitude, son mari lui demanda de se calmer et c'est lui qui répara les dégâts.
Je n'avais vraiment plus envie de travailler dans ce lieu et c'était visible. Théo qui n'avait toujours pas trouvé de remplaçante me demanda de patienter un peu. Je n'avais pas l'impression qu'il cherchait beaucoup. Le phénomène que j'étais lui attirait du monde !
Puis vint ce jour où Boris, en conditionnelle sans doute, et un autre que je ne connaissais pas, m'offrirent une boite de chocolats. Cela venait de la pâtisserie familiale. Je demandai le pourquoi de ce cadeau. Réponse : Pour ne pas nous avoir trahi lors de la soirée en Boite…Etait-ce réel ou ironique ? Je me méfiai immédiatement. J'acceptai le cadeau mais le lendemain je le fis examiner avant de le ramener chez moi. Je le laissai donc à mon contact. Quel flair ! Certaines de ces excellentes friandises étaient truffées de psychotropes. J'en référai à qui de droit et expliquai que j'en avais assez de tout ce cirque et que j'arrêterais mes activités occultes à la fin de la mission. Je devais protéger mon fils, cela devenait trop « chaud ». L'on me proposa des interventions plus légères… Je promis d'y réfléchir.
Quelques temps plus tard, Boris B se tua en voiture alors qu'il était poursuivi pas la police. La Boite de nuit le Kilt eut une descente de police et plusieurs personnes arrêtées pour cause de pédophilie ce qui se nommait alors, ballets roses pour les petites filles et ballets bleus pour les petits garçons. C'était écoeurant. Je pensais à mon fils et j'eus des nausées pendant plusieurs jours ! Cette race d'individus ne méritait pas de vivre ! Dire que j'aurais pu empoisonner mon fils de deux ans avec ces chocolats pipés !
Les jours suivant j'étais d'une nervosité extrême, j'avais un pressentiment, un très mauvais pressentiment. Je donnais mille recommandations à maman lorsqu'elle sortait avec Marc en promenade. Elle ne comprenait pas pourquoi j'étais si angoissée et je ne pouvais rien lui dire. Papa pensait que c'était parce que je rentrais très tard et que je ne dormais pas assez, pour lui je traînais dehors avec des copains au lieu de revenir immédiatement à la maison après mon service. Je ne pouvais me confier à personne. J'acceptai donc les reproches. Ce serait bientôt terminé, du moins l'avais-je cru ! J'eus la réputation d'une noceuse alors que je ne m'amusais pas du tout !
Un samedi soir, Eva devait venir en extra en même temps que moi. Je la trouvais bizarre, elle avait bu. La soirée risquait d'être chaude ! Elle le fut ! Un moment elle me demanda de lui passer mon manteau pour aller chercher des cigarettes, elle ne savait plus ce qu'elle avait fait du sien. Elle mit sur les épaules le vêtement rouge orné de fourrure léopard et sortit. J'entendis un cri et un crissement de pneu strident. S'était-elle fait écraser ? Non, quelqu'un avait tiré sur elle. A qui la balle était-elle destinée ? Elle portait mon manteau…Heureusement elle ne fut que légèrement touchée mais dût abandonner son service.
C'était la galère pour moi car je devais continuer seule et il y avait, en plus de nombreux habitués, et une quinzaine d'hommes d'affaires américains qui consommaient le champagne à grands flots ! Ce fut une soirée très payante car poursuivie après la fermeture du bowling. Certains buvaient le champagne dans leurs chaussures, s'aspergeaient, c'était de la folie. A chaque tournée ils me laissaient cinquante francs de pourboire ! Ceci à une époque où les salaires étaient d'environ mille francs. J'étais bien pourvue cette nuit là mais complètement crevée !

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