Chapitre 2 suite : La fuite interrompue...1968

       
La fuite ratée…

 

          Antoinette démissionna à la grande surprise de Théo. Cela ne m'arrangeait pas car j'en avais marre du bowling. Il me restait un mois de mission et ensuite il ne serait plus nécessaire que je reste à cette place. Je désirais à nouveau travailler dans un bureau. Je demandai donc à Théo de se mettre à la recherche d'une nouvelle barmaid car de toutes façons, je n'avais accepté cet emploi que pour remplacer Antoinette. Je ne tenais pas à m'y éterniser, ce n'était pas ma vocation.

          Je nettoyais le bar peu avant de prendre mon service quand un jeune blanc bec, Chris C… se présenta à moi avec une désinvolture hors du commun !  Très imbu de sa personne il pensait qu'en jetant les clés de sa voiture de sport sur le comptoir il pourrait m'impressionner. Il me proposa le restaurant avant de me ramener chez moi. Pour qui se prenait-il ? A ce moment précis  je reçus un appel important. Je devais être très prudente, l'étau se resserrait et les personnages suspects étaient dans la place. Un certain Boris B…serait également de la partie. Il serait judicieux que j'accepte son invitation. Quelle invitation ? Le restaurant pardi ! « IL » ne parlait quand même pas du morveux à qui je venais de m'adresser ! Si, précisément. Comment était-« IL » au courant ?  J'étais protégée ! Sous surveillance constante…Je vis effectivement l'homme près de la piste qui se frottait le front en signe de reconnaissance.

          Je reposai le combiné, très contrariée. Je servis deux clients quand ce Chris insista à nouveau pour m'inviter. Je lui dis que mon copain venait de se désister pour raison de travail et que j'étais libre d'accepter son invitation car en plus je quittais à vingt et une heures. Il regarda son ami Boris qui venait d'arriver et souriait de satisfaction. J'avais envie de l'étrangler ! Tachez de le pousser à vous emmener ensuite dans la Boite que je vous ai indiquée avait-« IL » dit, facile à dire ! Comment allais-je m'y prendre et surtout comment expliquer mon retard à mes parents ? J'inventai une soirée spéciale avec des étrangers au bowling. Cela ne me plaisait pas de mentir ainsi mais je n'avais pas le choix.

          Après avoir soupé dans le restaurant d'un ami, Chris me demanda si nous pouvions passer le reste de la soirée ailleurs. Pourquoi pas, à condition que cela ne fut pas chez lui. Avais-je une préférence quant à la boite de nuit ? Pourquoi pas le P…?  Il semblait très connu à cet endroit car le patron vint immédiatement vers lui, tout comme Boris d'ailleurs. Ce gars ne m'inspirait pas plus confiance que Chris. L'un était aussi brun que l'autre était blond, sapés à la dernière mode et très sûrs d'eux et de leur charme. Quand je souriais ils pensaient que j'étais fière d'être avec eux. Pauvres imbéciles, je souriais parce que j'étais en train de prodigieusement me moquer d'eux. Je riais aussi en voyant les hommes, la bouche ouverte,  regardant le spectacle de striptease. Les numéros ne valaient pas un clou ! Les filles se déshabillaient trop vite, pas de suspens, pas de sensualité, juste un banal et rapide effeuillage sous une lumière rouge pour cacher les défauts. Je m'ennuyais à mourir.

          Puis vint le moment de la fermeture. Les clients quittèrent la Boite…pas nous…Le patron apporta le champagne. Boris me dit de les attendre un moment, ils avaient à parler avec le taulier. J'en profitais pour demander à appeler chez moi pour prévenir que je rentrerai très tard. Le taulier accepta immédiatement mais Boris était plus méfiant :

          - A deux heures du matin vos parents doivent dormir…

          Je ne devais pas paniquer, rester le plus calme possible en apparence…

          - Ma mère doit somnoler dans le salon jusqu'à mon arrivée…J'avais dit que je serais là vers minuit, je n'avais pas prévu la virée en Boite de nuit…Elle est capable d'alerter la police et tous les hôpitaux si je ne la préviens pas….

          Le mot « Police » fut le déclic et il me laissa appeler. Ouf !  Tandis qu'il rejoignait ses amis, je fis rapidement le numéro qui m'avait été indiqué et que j'avais dû mémoriser. Puis je fis le numéro de la voisine de mes parents en raccrochant rapidement dès la première sonnerie pour effacer le numéro précédent. Quinze minutes plus tard, nous eûmes droit à une descente de police. Boris et Chris arrivèrent très vite dans la salle et me poussèrent vers la porte arrière. Je criai :

          - Qu'est-ce qui se passe ?

          - La police ! Tu n'entends pas ! Dépêches-toi si tu ne veux pas être prise dans leurs filets !

          Trop tard. Notre fuite fut barrée dès que nous passâmes la porte de la cour arrière. Embarquée avec eux dans le panier à salade j'étais d'une nervosité extrême.

          Nous fûmes ensuite séparés dès l'arrivée au commissariat. Je le quittai discrètement. Un taxi me ramena chez moi. Je n'eus évidemment aucun problème réel.




Article ajouté le 2007-12-30 , consulté 121 fois

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