Chapitre 2 suite : Flash...La Tour Eiffel...1968
La Tour Eiffel…
Allongée sur mon lit, je me laissai gagner par une douce langueur, étirant mes membres dans un parfait abandon. Je tenais vraiment à profiter au maximum de ma journée de congé. Je ne voulais voir personne hormis Marc qui pour l'instant faisait la sieste. Christian commençait à prendre de la place dans ma vie et je n'étais pas prête à l'accueillir comme il le voudrait. Lui-même avait des problèmes avec son divorce. Son fils, de l'âge du mien, réagissait mal à la séparation. Je ne désirais pas être mêlée à cette débâcle, et surtout pas en être responsable. J'écoutais l'air du quarante cinq tours posé sur ma platine, Il est cinq heures, Paris s'éveille… quand un flash violent me fit sauter du lit. Cela n'allait pas recommencer !
La Tour Eiffel, des personnages habillés de blanc, un petit garçon pleurant dans un lit tout aussi blanc…Tout était blanc finalement…Un appel téléphonique…
Je me tenais au chambranle de la porte, maman s'affola en me voyant blanche comme une aspirine.
- As-tu un malaise ? Trop fatiguée sans doute…Tu travailles trop….
- Non, c'est autre chose…
Elle comprit aussitôt…Encore ces maudits flashes qui revenaient. Qui cela concernait-il ? Je ne le savais pas. Quelqu'un à Paris sans doute mais nous n'avions personne dans cette ville.
- Tu as dû t'assoupir et faire un cauchemar….
- Non, maman, je sais que cela n'a rien à voir avec un cauchemar, il se passe quelque chose de grave, à Paris, qui touche quelqu'un que je connais.
J'allais dire une nouvelle fois que je ne connaissais personne dans cette ville quand je m'arrêtai net ! Christian ! Sa femme et son fils habitaient la banlieue parisienne ! Je descendis les sept étages sans attendre l'ascenseur et appelai le bowling de la proche cabine. Théo avait bien vu Christian. Il lui avait laissé une lettre pour moi car il venait d'avoir un appel urgent de chez lui. Je le savais ! Je pris l'autobus et une demi-heure plus tard je lisais la missive :
Ma chérie,
Mon fils a été renversé par une voiture lors d'une sortie scolaire à la tour Eiffel. Il est dans un état grave. Je pars immédiatement. J'ai eu une permission spéciale de mon chef de corps. Je t'appellerai dès que je le pourrai.
Je t'aime
Christian.
Le lendemain, en début d'après-midi je reçus un appel au bowling. Son fils s'en tirait avec quelques fractures. Christian avait réintégré le domicile conjugal car sa femme déprimait et était incapable de rester seule dans de telles circonstances. Il y resterait jusqu'au rétablissement de son fils puis il repartirait. Je ne devais pas m'inquiéter il n'avait pas l'intention de reprendre la vie commune avec sa femme bien que son fils insistait pour qu'il restât. Je lui fis comprendre que sa place était auprès de sa famille et que je n'avais pas envie d'une histoire sérieuse, je n'avais toujours pas confiance en la vie ni en des sentiments qui pouvaient disparaître au moindre problème. Notre aventure en était la preuve, je n'étais pas sûre de moi, et incapable de bâtir mon avenir sur le malheur d'un enfant. Il devait rester avec son fils et surtout ne pas le faire souffrir.
J'imaginai la situation avec Marc et pour rien au monde je n'aurais voulu que quelqu'un lui fisse du mal. Il insista mais je ne changeai pas d'avis. Nous nous revîmes une ultime fois, un mois plus tard, quand il vint chercher ses affaires à Frescaty car il retournait sur une base parisienne. Nous avions chacun les larmes aux yeux… Ce fut difficile. J'étais triste, mais pas malheureuse. Jean-Claude avait détruit en moi la notion de douleur. Je n'étais pas encore totalement insensible mais une autre porte de ma forteresse venait de se fermer.

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