Chapitre 2 suite : Une petite vengeance...1968

Une petite vengeance…

 

          Le bowling était presque vide. Un joueur seul s'entraînait avant les championnats prochains. J'en profitai pour essayer de jouer. Je trouvai les boules très lourdes. Théo m'expliqua qu'il s'agissait d'une boule pour les hommes, celle des femmes était plus légère. Il me donna des conseils et après plusieurs rigoles, je réussis quand même à faire tomber quelques quilles. Un certain Eric, coiffeur de métier, très bon joueur, m'indiqua également des trucs pour donner de l'effet à la boule. Le jeu devenait intéressant.  Une fille assez hautaine, pas mal mais bizarrement fagotée, Marie-Claude, me demanda si Christian était déjà venu dans l'après-midi. Non, il était encore trop tôt ! Il lui avait pourtant donné rendez-vous à seize heures aujourd'hui…Qu'était cette fille pour Christian ?  Elle me répondit comme si elle avait entendu ma question :

 

          - J'ai appris qu'il vous raccompagnait le soir, ne vous faîtes cependant pas d'illusion, il est avec moi…

 

          Que racontait-elle ? Christian ne m'avait pas parlé d'elle ! Marie-Claude marchait de long en large devant le bar quand Christian arriva vers dix huit heures ! Elle se précipita vers lui.

 

          - Deux heures de retard ! Vraiment tu exagères !

 

          Il me regardait, je le voyais très inquiet. Il vint près de la caisse et me dit qu'il avait complètement oublié ce rendez-vous ! Il était sorti avec elle un soir puis elle était partie en vacances. Le rendez-vous avait été fixé rapidement…

 

          - Alors, retourne avec elle et oublie moi…

 

          - Non ! Pas question !

 

          Marie-Claude lui demanda ce qui se passait. Je répondis très vite :

 

          - Rien du tout, une banale histoire de consommation….

 

          Elle se tourna ensuite vers Christian :

 

          - Pourrait-on s'en aller à présent ?

 

          - Je ne peux pas, je suis désolé, je dois retourner à la base, c'est ma soirée d'astreinte…

 

          - Tu aurais pu me téléphoner ! On se verra samedi alors car maintenant je dois rentrer.

 

          Elle quitta le bowling en me jetant un regard noir. Son arrogance m'énervait. Christian insista pour venir me chercher le lendemain soir. Je lui fis une proposition qu'il accepta immédiatement.  Je désirais qu'il voie Marie-Claude samedi après-midi comme prévu. Il ne comprenait pas. Je lui donnai la suite de mes conditions. Il était abasourdi !

 

          - Promis ce sera fait…Tu es quand même un drôle de numéro…Diablesse de mon cœur je t'adore…

 

          La jalousie me tenaillais d'où ma proposition saugrenue ! Rira bien qui rira le dernier. Cette fille m'avait exaspérée, elle ne savait pas de quoi j'étais capable !

          Samedi à vingt heures, je vis arriver Marie-Claude, toute échevelée, les yeux rouges et des hoquets dans la voix. D'une voix toute « innocente » je lui demandai ce qui l'avait mis dans un tel état. Elle s'écria :

 

          - C'est cette pourriture de Christian !  Il m'a emmené sur le mont Saint-Quentin pour une promenade amoureuse puis, au moment de repartir, il m'a dit de vérifier les feux de positions car il pensait que l'un ne fonctionnait pas.

 

          - Et alors où est le drame ? (Je riais intérieurement connaissant la suite…)

 

          - Il a démarré en me jetant mes fringues par la fenêtre ! Heureusement que j'ai trouvé quelqu'un pour me ramener une partie du chemin ! Mais je viens de faire trois kilomètres à pieds à cause de cette ordure ! Il va me le payer ! Si vous le voulez, prenez-le ! Après un coup pareil il n'existe plus pour moi !

 

          - Je sors avec lui depuis déjà six semaines…

 

          - Et cela ne vous dérangeait pas qu'il soit avec moi cet après-midi ?

 

          - Pas du tout…C'est même une idée à moi…Votre mésaventure je l'ai échafaudée  pour que vous compreniez que vous n'avez aucune importance pour lui.

 

          - Je ne vous crois pas !

 

          - Vous voulez que je vous raconte les détails du scénario ?

 

          - Mais vous êtes tordue ! Encore plus pourrie que lui !

 

-         Il ne fallait pas me menacer…

 

          Elle partit en prononçant des injures. Le soir, Christian vint me chercher mais je ne restai pas longtemps avec lui, j'avais eu une rude journée et j'étais fatiguée, de plus il m'avait menti et cela ne me plaisait pas.



Article ajouté le 2007-12-12 , consulté 135 fois

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