Chapitre 2 suite : Bowling les Ambassadeurs et Christian 1968
Début au bowling
J'arrivais à quatorze heures et les premières minutes furent déplaisantes. Je ne savais que faire, je me sentais perdue au milieu des clients qui lançaient leurs boules sur les pistes. Antoinette me dit de rester derrière le bar. Un client me demanda un alexandra, c'était quoi ce truc ? Un homme sympa, en uniforme de pilote me sourit et, passant derrière le bar, me montra ce qu'était cette boisson. Il se présenta : Christian Roum, ami du futur mari d'Antoinette mais également de monsieur Théo d'où la permission de venir derrière le comptoir. Tandis que mon amie servait dans la salle, Christian m'initia à la préparation des cocktails et des différentes boissons. Son aide fut précieuse. A vingt deux heures, j'étais sur les genoux ! Il proposa de me ramener chez moi. J'acceptai volontiers, cela m'évitait de prendre un taxi car les transports étaient plutôt rares à cette heure !
Après une bise légère à Marc pour ne pas le réveiller, je pris un bain de pieds malgré l'heure tardive. La plante des pieds me brulait tellement, que je n'étais pas sure de pouvoir remettre des chaussures le lendemain. !
Après une semaine, je ne faisais plus attention aux douleurs, j'avais les jambes lourdes mais avec l'habitude cela deviendrait supportable me disait Antoinette.
Mes horaires étaient différents depuis le départ d'Antoinette. Je commençais toujours à quatorze heures mais je terminais à minuit et le week-end à deux heures du matin. Le lundi, je me reposais.
J'étais en train de nettoyer le bar tandis que Christian mettait les chaises sur les tables quand madame Théo me dit assez sèchement :
- Vous donnerez un coup de serpillère dans la salle avant de partir, j'ai dit à la femme de ménage qu'elle serait libre le soir à présent.
Antoinette m'avait bien spécifié que cela ne faisait pas partie du contrat et que je ne devais surtout pas me laisser influencer par cette femme très peu commode. Elle faisait le coup à toutes les nouvelles. Je répondis donc à la patronne que mon emploi ne comportait pas ce service. La femme de ménage le ferait le lendemain matin puisque le bowling n'ouvrait que l'après-midi. Elle s'étouffa presque en répliquant :
- Ma petite Violette, vous n'avez pas le choix ! Je suis la patronne ici et c'est moi qui donne les ordres !
Elle m'énervait vraiment cette bonne femme ! Je me souvenais soudain de l'épouse de mon ancien employeur…Décidément je tombais toujours sur des femmes nerveuses et cinglées !
- Madame Théo, je n'ai pas envie de discuter maintenant, je suis fatiguée et j'ai envie de rentrer chez moi…Je m'expliquerai avec votre mari demain…
- Petite impertinente ! Pour qui vous prenez-vous ?
- Pour moi…Juste pour moi…Bonsoir madame…
Dans la voiture, Christian riait aux éclats. J'étais la première barmaid qui ne se laissait pas impressionner par la femme de Théo ! Elle avait harcelé Antoinette pendant plus d'un mois à ses débuts. Sa bonne humeur me fit oublier la hargne de cette femme. Théo risquait-il de me renvoyer ? Christian me caressa la joue en disant :
- Je crois que tu n'as pas à t'en faire pour cela. Il a vraiment besoin de quelqu'un pour prendre la place d'Antoinette. Tu es jolie et tu attires les clients…J'en suis d'ailleurs jaloux…
- Pourquoi le serais-tu ? Cela n'a aucune importance pour moi…
Il arrêta la voiture après un carrefour, m'attira contre lui et m'embrassa…Cela répondait-il à ma question ? Oui…Très bien…Je m'y attendais un peu…Il me laissa devant mon immeuble en m'embrassant une nouvelle fois. Il me dit que je lui plaisais et que je lui avais pris son cœur. Si vite ? Après quinze jours ! Le temps n'avait pas d'importance pour l'amour.
Que ressentais-je pour lui ? Je ne savais pas…Je n'étais pas prête à baisser le pont-levis de ma forteresse. Il disait me comprendre, Antoinette lui avait parlé de mon mari et du divorce qui traînait en longueur. De quoi se mêlait-elle ? Pourquoi lui avait-elle fait des confidences à mon sujet ? Je n'avais pas du tout envie de parler de Jean- Claude !
Un mois plus tard, Théo décida de prendre une serveuse en extra le week-end pour alléger ma tâche. Sa femme n'apprécia pas du tout cette initiative. Elle pouvait me remplacer lors de mes jours de congé ! Eva, une blonde incendiaire, fut quand même embauchée. Cette fille était sympa quoique sa vulgarité me choquait. Elle buvait beaucoup avec les clients et souvent titubait sous l'effet de l'alcool. Je recevais plusieurs propositions pour boire un verre mais je m'arrangeais pour les renverser dans l'évier dès que je le pouvais. En dehors du champagne, je n'aimais pas l'alcool. Théo me dit que je m'y prenais très bien et que j'avais vite compris le système.
Le lendemain j'étais de congé et Christian m'invita au restaurant. Je passais donc toute la journée avec mon fils et quand il fut couché, je rejoignis Christian. Nous passâmes une très agréable soirée, d'abord au restaurant, puis au cinéma. Je ne vis pas la moitié du film ! Lorsqu'il m'emmena dans sa chambre d'hôtel je ne fis aucune objection. Il était si doux et si tendre que cela ne pouvait que bien se passer. Au premier contact je me mis à trembler, mon sang se glaça comme la dernière fois et je restai complètement inerte, incapable de faire le moindre geste. Il vit immédiatement que j'allais mal.
- Mon cœur, je te savais traumatisée mais à ce point c'est incroyable ! Calme-toi ma chérie, reste près de moi. Je t'aime, je ne veux pas te faire souffrir. Jamais je ne te forcerai à faire ce dont tu n'as pas envie.
Mais j'en avais envie…Avant d'arriver au moment crucial…C'était cet instant précis qui gelait mon cœur et mon corps… Etais-je condamnée à ne jamais faire l'amour ? Ce devait être très difficile également pour Christian, mais je n'y pouvais rien. Il n'insista pas et me dit qu'il pouvait attendre que je sois prête. Le serais-je un jour ?

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