Chapitre 2 Larry, Daniel et la Costa Brava 1968

Chapitre 2


1968

 

Une rencontre explosive !

 

          Depuis novembre de l'année passée,  je fréquentais un gars de deux ans mon aîné, Larry, rencontré à un bal un samedi soir à Ban Saint-Martin. Il faisait un spectacle de clown et il m'avait amusé. Nous nous sommes revus plusieurs fois mais sans plus. Un soir, il m'offrit un petit coffret. C'était une bague ! Pourquoi un tel cadeau ? Il répondit simplement « Pour que tu penses à moi ».

 

          La semaine suivante, sous le couvert d'aller chercher une veste chez lui, je me retrouvai face à sa mère. Je pris cela comme un traquenard !  Elle était gentille mais comme toujours, je ne voulais rien de sérieux et sa mère faisait déjà des projets ! A noël elle me donna en cadeau une paire de draps bleus brodés. Elle commençait à constituer un trousseau ! Panique à bord ! Je pris un peu de recul en disant que je devais m'occuper de mon fils, donc moins sortir le samedi soir.

 

          C'était faux car j'avais une soirée de prévue avec mes copines de Bellecroix. Micheline me présenta son copain Daniel Cadet. C'était un militaire de carrière basée en Polynésie française. Il était en permission pour un mois. Mes parents ne vinrent pas au bal ce soir là, Daniel avait un cabriolet Floride et proposait de m'emmener ainsi que Sylvie et sa dernière conquête, Jean-Hugues.

Yvelyne et Roland étaient arrivés par leurs propres moyens.

 

          Ce fut une soirée très gaie et sans problème majeur en dehors d'une petite dispute entre Micheline et Daniel. Je ne connaissais pas la teneur du litige. Il fut convenu que nous nous retrouverions tous chez Micheline le lendemain après-midi.

 

          Je ne vins qu'à seize heures car je voulais rester un peu avec mon fils. Yveline et Micheline essayaient de danser le tamouré sous les instructions avisées de Daniel. Quand j'arrivai, il se précipita vers moi :

 

          - Allez ! Viens t'y mettre !

 

           J'adorais ce genre de musique, et même si je savais très bien danser, le tamouré ne fut pas une tâche facile ! Ensuite nous avons regardé des photos et écouté les vinyles trente trois tours apportés par Daniel. Micheline faisait la tête et j'en demandai la raison à Yveline. Ils avaient rompu. De qui la décision ? Daniel. L'atmosphère devenait lourde. Il fut donc décidé que nous irions boire un verre quelque part pour finir la soirée. Micheline refusa. Yveline et Roland acceptèrent la proposition.

 

          A vingt heures, Daniel s'arrêta d'abord devant chez moi. Nous discutâmes encore tous les quatre un moment puis Daniel s'approcha de moi pour me faire une bise sur la joue. Il tourna la tête et le baiser eut une autre signification ! Yveline s'écria :

 

          - On vous laisse tous les deux… Nous sommes à cent mètres de chez nous alors TRES bonne soirée ! 

 

          J'étais à nouveau dans une position scabreuse ! Il insista pour que je reste encore un peu avec lui, il n'avait pas envie de me quitter. Je devais avouer que moi non plus mais j'avais promis de ne pas sortir ce soir là, et de rester avec mon fils. Après un baiser passionné, Daniel ferma à regret la porte de l'ascenseur en  m'arrachant la promesse de le voir le lendemain. Oui mais tard car j'ai un rendez vous pour un travail.

 

          Daniel, Larry je ne faisais pas dans la facilité !


          Je venais de recevoir une proposition de travail comme enquêtrice pour la SEDES, Société d'Etudes pour le Développement Economique et Social. C'était un contrat court de deux mois mais j'acceptai, cela me mettait le pied à l'étrier. Parallèlement, trois soirs par semaine je me rendais à mes cours. Je prétendais que mes enquêtes, certains jours duraient plus longtemps. Cependant papa me demanda un soir :

          - Ma chérie, je sens du danger autour de toi…Peux-tu m'expliquer ce qui se passe ?

          - Il n'y a rien…Je travaille…Quelques soirs en heures supplémentaires, c'est tout.

          Visiblement il ne me croyait pas. Je rentrais fatiguée mais je tenais absolument à m'occuper de Marc et à lui chanter une chanson avant qu'il ne s'endorme. Je ne vis pas du tout Larry, donc impossible de le prévenir et Daniel ne comprenait pas pourquoi certains soirs il ne pouvait pas venir me chercher.


La Costa brava


          Les enquêtes de la SEDES étaient terminées alors je pris d'autres emplois intérimaires pour pouvoir poursuivre ma formation « occulte » sans avoir à donner d'explication sur mes absences. Jongler ainsi avec le temps était assez épuisant, tant moralement que physiquement, car je ne pouvais en parler.

          Cela devint de plus en plus difficile car je dus accompagner quelqu'un en mission à la « Costa Brava » à Saint Julien les Metz et c'était prévu le soir. Je déclarai manger au restaurant avec des anciens collègues de la SEDES.

          Quelle ne fut pas ma surprise de trouver Jean-Jacques à « la Costa Brava ! » Il connaissait la personne qui m'accompagnait ! Une surprise plus grande m'attendait encore ! Tandis que j'étais à table avec les deux hommes, je vis arriver la voiture de mon père. M'avait-il suivi ? 

          Ma sœur Sylvie et mon frère Vianney sortaient du véhicule et se dirigeaient vers l'entrée du restaurant. Que faisaient-ils avec papa ? Il les avait récupérés en cours de route et n'avait pas pris le temps de les déposer à la maison.  Je courus dans les toilettes oubliant mon vêtement sur le porte manteaux.  Jean-Jacques vint me prévenir quand tout le monde fut reparti. Ma sœur  reconnut mon manteau rouge mais ne donna pas l'alerte. Ouf ! Ce fut chaud ! (Je n'ai jamais su comment papa avait eu l'idée d'aller à Saint Julien et de s'arrêter précisément devant ce restaurant !). Plus tard, Sylvie me dit qu'elle avait vu mon manteau et qu'elle avait insisté pour repartir avant que Vianney ou papa ne le reconnaissent également. Elle voulait certainement quelque chose en échange de son silence !

           Effectivement. Elle avait rendez-vous au « Cristal » dimanche après-midi et ne savait comment s'y rendre ni comment trouver l'argent pour payer l'entrée. Elle voulait que je dise à papa que nous allions toutes les deux au cinéma.

           J'acceptai et le dimanche suivant nous fûmes toutes les deux dans cette salle de danse où se rencontraient les jeunes de seize à vingt cinq ans voire plus….Sylvie était aux anges ! Elle était mignonne avec ses seize ans et sa robe turquoise. Le copain en question se nommait Philippe. A la fin de la matinée dansante, Norbert avait repris la place de Philippe ! C'était plus simple pour eux de se rencontrer les jours suivants, car Norbert habitait également à Bellecroix. Daniel n'aimait pas trop ce genre de réunion dansante mais comme il était avec moi, il ne disait rien.

          Pour en revenir à la « Costa Brava », J'eus les renseignements que je venais chercher et je fus félicitée de cette première mission réussie. Jean-Jacques pensait que je passais le reste de la soirée avec lui en raison de son charme. J'en ris encore ! Mon interlocuteur précédent (que je ne nommerai pas) ne fit aucune objection pour repartir seul du restaurant, la présence inattendue de Jean-Jacques était providentielle.

          Un soir de mars, Daniel me demanda avant de me quitter si j'avais quelqu'un d'autre dans ma vie et si c'était pour cette raison que certains soirs j'étais absente. C'est vrai que je jonglais entre mes enquêtes, Larry qui, parti en déplacement était revenu depuis une semaine et Daniel qui devenait de plus en plus jaloux. Je répondis que non. Il me demanda soudain qui m'avait offert la bague que j'avais au doigt.

          - Elle n'a pas de signification spéciale, simplement un témoignage d'amitié…

          - Tu en es vraiment sûre ?

          - Pourquoi toutes ces questions  ce soir ?

          - Dis-moi qui est Larry ?

          - Il va falloir que tu te calmes ! J'ai horreur d'être questionnée ainsi ! Larry est un très bon copain…

          - Un copain dont tu portes la bague !

 Et il sortit en  claquant la porte d'entrée.
 

          J'étais contente de son départ car Larry devait venir me chercher. Il fallait absolument que je lui parle. Il ne serait certainement pas heureux de ce que je lui dirai mais je crois que Daniel ne le sera pas non plus quand je le reverrai.

          Une demi-heure plus tard, je montai dans la DS19 de Larry. Je le trouvai bizarre. Je n'eus pas le temps de lui poser la question, la portière de mon côté s'ouvrit et Daniel me poussa et s'assit à côté de moi.

          - Alors maintenant tu vas dire à Larry que tu le quittes pour moi et tu vas lui rendre sa bague.

          J'étais tellement ébahie que j'en perdis la parole ! Larry me regardait tristement. Entre un triste et un violent il fallait que je réfléchisse rapidement pour sortir de cette voiture et de cette pénible situation. Je m'adressai à Daniel.

          - Tu vas descendre immédiatement de cette voiture ! Tu n'as rien à y faire ! Et je ne quitte personne pour toi !

          Furieux il sortit du véhicule mais ne partit pas. Il entra dans le couloir de mon immeuble. Larry parla doucement et je le sentis très mal. Je n'étais pas bien non plus.

          - Es-tu sortie avec ce type ?

          Je ne pouvais pas nier. J'étais désolée et voulut lui rendre sa bague. Il refusa :

          - Je ne reprends pas ce que j'ai offert… Je pensais qu'entre nous c'était sérieux, je me suis trompé… Adieu… Bon courage avec ce type…

          Je sentis les larmes me monter aux yeux, je ne resterai pas avec Daniel non plus. Larry répondit que cela n'avait plus d'importance à présent. Je sortis de la voiture et il démarra. Je ne le revis plus jamais. Je m'avançais vers l'ascenseur quand surgit Daniel :

          - Alors c'est fini avec lui ?

          - Avec toi aussi…

          - Tu ne peux pas dire cela… Je t'aime et je veux me marier avec toi…

          - Es-tu devenu fou ? Mon divorce n'est pas encore terminé ! De plus tu viens de faire du mal à quelqu'un que j'aimais bien…

          J'ouvris la porte de l'ascenseur mais il la bloqua avec le pied. Il me secoua avec violence et me donna un coup de poing sur la joue.

          - Personne ne se moque de moi ainsi ! Tu es avec moi et tu le resteras !

          La rage me prit et je hurlai :

          - Jamais ! Tu entends ? Jamais ! J'ai quitté un mari pour un coup de poing je ne vais pas en reprendre un autre encore plus violent ! Dégages ! Tu vas me le payer cher je te le garantis !

          Je le poussai et la porte de l'ascenseur se referma. J'arrivai à la maison dans une fureur incontrôlable. ! Maman s'inquiéta immédiatement en voyant le bleu sur ma joue. Papa me demanda des explications. Mon frère Vianney voulut descendre et donner une correction à Daniel mais papa l'arrêta. Il avait une autre idée. Il appela un médecin et fit consigner noir sur blanc mon état et prit même une photo avec le polaroïd.

          Le lendemain nous nous rendîmes à la caserne Ney et demandâmes à parler à l'officier supérieur de Daniel. Il m'avait tout raconté sur lui donc ce fut facile de le trouver. Après une plainte pour coups et blessures, le colonel nous avisa que le militaire allait être convoqué. J'appris plus tard par Micheline :

          - C'est dégueulasse d'avoir porté plainte, Daniel a une peine de prison de trois semaines ! Il est revenu vers moi parce qu'il sait que jamais je ne lui aurais fait une chose pareille !

          - Tant mieux pour toi ! Il est violent et colérique alors bonne chance pour l'avenir !

          Encore une page de ma vie amoureuse tournée !

 



Article ajouté le 2007-12-05 , consulté 138 fois

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