Chapitre 1 suite : L'affaire COSMOS 1967
Affaire COSMOS
J’étais en train de classer les
derniers dossiers quand j’eus une visite surprise : Jean-Jacques
Glander ! Il était accompagné d’un
ami, Yves Bellay. Je n’avais pas revu le copain de mon mari depuis mon mariage
et je fus immédiatement sur la défensive. Que venait-il faire et surtout
comment m’avait-il trouvée ? C’était un secret. Je n’aimais guère cela.
Il avait besoin d’assurer son véhicule
Mercedes. Pas de problème si c’était la vraie raison de sa venue. Pouvais-je
antidater le contrat d’une semaine ? Ce n’était pas aussi simple. Pourquoi
le ferais-je ? Il s’était fait contrôler et devait présenter les papiers
au commissariat sous cinq jours. Il me demandait ce service. Ayant eu une
annulation trois jours auparavant, je pus intercaler le numéro de son contrat
en remplacement. Je ne pouvais aller au-delà de ces trois jours car les numéros
se suivaient par date. Où était la voiture ? Devant chez lui, il ne
l’avait pas reprise depuis le contrôle de la veille d’où la présence d’Yves.
Il repartit avec son contrat et son
attestation provisoire. J’étais certaine que la police ne serait pas dupe. Je
le revis le surlendemain avec une déclaration de sinistre. Il avait abusé de ma
confiance. Quelle idiote ! Je ne pus qu’enregistrer l’accident. Son
excuse : si je t’avais dit la
vérité, tu n’aurais jamais accepté. C’était certain ! Heureusement il
n’y avait que des dégâts matériels. Le patron, monsieur Nattier fut surpris
mais ne fit aucun commentaire. Je ne lui dis pas que je connaissais
Jean-Jacques.
Il me demanda si je pouvais me
libérer deux jours pour l’accompagner à Bône où se déroulait une conférence sur
les nouvelles assurances. Il avait besoin d’une sténographe pour prendre des
notes. Le retour était prévu le lendemain matin. Je n’avais pas trop le choix,
c’était mon métier.
J’en parlai à mes parents. Maman
m’assura tout de suite qu’elle prendrait soin de Marc. Papa, comme à son
habitude fut plus réticent. Les déplacements n’étaient pas prévus dans mon
contrat ! Bien sûr que oui ! L’employeur avait simplement affirmé que
cela n’arriverait peut-être pas mais ce n’était pas exclu. Partir seule avec un
homme était-ce raisonnable ?
Je ne risquais pas de tomber sous le
charme de mon patron ! C’était un homme grassouillet d’un mètre soixante
dix, au visage gonflé comme une baudruche et à la voix nasillarde. J’étais
d’ailleurs contente qu’il passât tout son temps dans son bureau de Jarny. De
plus, il ne s’intéressait pas du tout à moi. Papa restait quand même sceptique
sur ce soudain voyage.
Après la conférence et les groupes de
discussions qui durèrent toute la matinée et tout l’après-midi après un
déjeuner au restaurant, je fus contente de retrouver ma chambre d’hôtel tandis
que les hommes sortaient en Boite. Cela ne m’intéressait pas et puis, je
n’avais pas confiance, j’étais la seule femme du groupe. Je ressentais une
angoisse étrange. Je connaissais ces symptômes. Il valait mieux que je me
repose. J’étais fatiguée, les chiffres
dansaient encore dans ma tête !
Je pris une douche et m’allongeai sur
le lit. Dans la nuit, des coups à la porte me réveillèrent. J’enfilai vite un
peignoir sur ma chemise de nuit et demandai à travers la porte qui frappait.
Monsieur Nattier ! J’ouvris un peu le battant tout en le maintenant
fermement. Que se passait-il ? Il désirait passer la nuit avec moi. Rien
que cela ! Je ne le laissai pas continuer à divaguer, il avait certainement bu
avec ses collègues. Je repoussai la porte en lui disant bonne nuit. J’eus du
mal à me rendormir. Comment allait se passer le chemin du retour le
lendemain ?
Ce ne fut pas la joie dans la
voiture. Il me reprochait de lui avoir donné de l’espoir en l’accompagnant. Je
ne l’avais jamais encouragé ! Sur quoi se basait-il pour me faire une
telle remarque ? Il avait bien stipulé que le but du séjour était pour le
travail ! Dans le cas contraire, je ne l’aurais jamais accompagné !
Il ne dit pratiquement plus un mot
jusqu’à notre arrêt pour déjeuner. Il parla de la conférence sans plus aborder
de sujet personnel. Je respirai ! Je fus très contente de rentrer chez
moi. Une fois de plus papa avait raison ! Je ne confiai à personne les détails de ce voyage.
Le 10 juin, il débarqua en milieu de la
matinée dans le bureau de Metz alors que ce n’était pas prévu avant la fin de
semaine. Il ferma soudain la porte et mit les clés dans sa poche. Il savait que
les agents ne viendraient pas avant dix huit heures Il me regarda des pieds à
la tête et son regard me glaça. Il s’approcha :
- Auriez-vous peur de moi madame
Lauer ?
- Sûrement pas ! Ouvrez
immédiatement cette porte !
Il refusa et la panique s’empara de
moi. Il me fallait sortir de cette lamentable situation ! Comment ?
Je me dirigeai vers la baie vitrée, l’ouvris en grand et montai sur le rebord
assez étroit. A l’étage inférieur se trouvait un camion de la société FRIGECO.
Au pire des cas, je pouvais sauter un étage sans me rompre le cou ! Le
conducteur me vit et crut que je voulais me suicider ! Un étage ne
suffisait pas pour une telle intention ! Je lui dis que mon patron
refusait de me laisser sortir du bureau. Il appela des collègues et ils se
dirigèrent dans l’escalier, prêts à défoncer la porte. Monsieur Nattier avait
déjà ouvert craignant un plus grand scandale. Le lendemain j’envoyai une lettre
recommandée à la direction de Cosmos.
Papa eut du mal à croire à mon
histoire. Il trouvait bizarre qu’un homme ait une telle attitude sans aucune
raison. Il me persuada de ne pas mettre les détails de ma décision dans le
courrier car c’était peu crédible. C’était invraisemblable ! Il ne me
croyait pas ! Maman lui dit qu’il était trop excessif et trop possessif en ce qui me concernait, que
certains hommes étaient des mufles et que cela aurait pu arriver à n’importe
qui d’un peu plaisant à regarder. Papa enchaîna sur cette phrase : d’accord, je veux bien admettre qu’il
s’agissait d’un être malfaisant mais ta fille devrait être plus discrète dans
sa façon de se vêtir. Certains hommes prennent cela pour de la provocation. Je n’en croyais pas mes oreilles !
J’avais un tailleur de couleur claire tout à fait respectable même si la
jupe était au-dessus du genou !

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