Chapitre 1 suite : Nouvelle décevante 1967

 

Nouvelle décevante

 

          J’avais déjà reçu deux courriers de l’avocat concernant le divorce et la plainte déposée contre Jean-Claude pour ses dettes. Papa savait que si Jean-Claude n’était pas retrouvé, les créanciers se retourneraient contre moi, son épouse, donc il avait porté plainte en tant que caution du crédit.






Début Mai 1967

 

          Cela faisait plus d’un mois que je fréquentais Serge quand il apprit que j’avais un appartement. Il insista pour le visiter. Je n’avais pas envie de me retrouver seule avec lui alors j’ai accepté, à condition qu’Yveline et Roland l’accompagnent, ainsi nous pourrions y boire un verre et y passer l’après-midi. J’en parlais à maman mais papa  fut exclu de la confidence. J’achetai des boissons et des pâtisseries et nous passâmes un excellent après-midi. J’avais emmené Marc. Yveline était toute folle de lui. Serge me regarda en disant :

 

         - Ton petit Marc est adorable et il a une superbe maman….

 

          Tandis que je lavais les verres dans la cuisine, il vint m’y rejoindre pour m’embrasser. Il se disait amoureux de moi et trouvait que j’étais un peu froide depuis le début de l’après-midi. Il avait raison. Même si mon fils n’avait qu’un an, je ne voulais pas mélanger ma vie sentimentale avec ma vie de famille. J’étais encore très traumatisée par mon mariage raté. Quelque chose en moi était mort. Les illusions, les rêves d’avenir, je les laissais de côté.  Je vivais pour mon fils, le reste n’était qu’accessoire. Je n’étais pas encore officiellement divorcée, alors je ne me sentais pas vraiment libre ou je me réfugiais derrière cette excuse.     Nous nous sommes quittés un peu brouillés. Ce n’était pas important…J’avais connu pire….

 

          Nous nous revîmes les jours suivants, sauf le dimanche 28 mai car c’était l’anniversaire de Marc. Il avait un an. Cette journée fut spéciale et étrange. D’abord Marc fit ses premiers pas tout seul ! Puis surprise totale ! Il appela mon père « papa » ! Je voulus rectifier mais papa me fit non de la tête.

 

          A force d’entendre mes frères et ma sœur prononcer «  papa », Marc avait tout naturellement fait la même chose. L’émotion se lisait sur le visage de mon père. Mon fils n’avait personne à qui dire ce mot si important pour un enfant puisque Jean-Claude avait disparu de la circulation alors je laissai faire. Marc vivait donc entre papa, mémé, maman et ses tontons et tante.

 

          Je n’avais pas conscience du danger. Maman avait accepté d’emblée. Si j’avais su ! Cela n’eut des conséquences que bien plus tard…vingt ans plus tard…Mais c’est une autre histoire.

 

          Pour en revenir à Serge, il insistait pour que nous passions des instants seuls dans mon appartement. Je savais ce que cela impliquait donc je refusai. Il prit la mouche et un jour me dit :

 

          - Tu es désirable à souhait, je te sens frémir dans mes bras alors pourquoi deviens-tu si froide dès que j’aborde ce sujet ?

 

          - Désolée mais je ne peux pas….Si je ne suis qu’une simple attirance physique pour toi alors tu peux t’en aller…

 

          - Pour qui me prends-tu ? Je suis fou de toi…Ne me repousse pas.

 

          Tout ce qu’il me disait glissait sur moi comme l’eau sur une toile cirée. Physiquement je ne me sentais pas concernée. Etait-ce inquiétant ? Peut-être….Cependant cela ne m’angoissait pas le moins du monde…

 

          Un mois plus tard, je vis arriver Yveline, la mine défaite et surtout en colère. Raymonde, l’ancienne copine de Serge lui avait fait des confidences. Elle avait invité Serge en voyant qu’il n’allait pas bien, et lui avait accordé ce que moi je lui refusais. Elle avait profité de la situation.

 

          J’étais déçue, triste de savoir que peu de chose le faisait craquer. Je demandai à mon amie de ne pas lui dire que je savais. Je devais le voir le soir même. Il arriva vers dix huit heures. Dans le couloir de mon immeuble il me répétait qu’il m’aimait et qu’il avait un aveu très important à me faire, ce ne serait pas facile et il craignait de me perdre. Il ne put finir sa phrase, Raymonde déboula dans l’entrée en hurlant : Je savais bien que tu ne pourrais pas t’abstenir de venir la voir ! Serge la traita de folle furieuse. Comment avait-elle osé le suivre ? Tout calmement, ou en apparence,  je pris la parole :

 

          - Serge, tu pourrais avoir un peu plus d’égard pour la personne que tu as baisée la nuit dernière parce que je me refusais à toi…

 

          Je fis d’une pierre deux coups. Ils restèrent ébahis et sans voix tous les deux ! Puis Serge me prit par le bras. Il me suppliait de le laisser s’expliquer, qu’il avait fait une bêtise. Raymonde éclata en sanglot, lui demandant de ne pas la quitter. Je n’avais aucune compassion, ni pour l’un ni pour l’autre. Mon cœur s’était fermé à la douleur. Je ne voulais plus souffrir à cause d’un homme.

 

          Je demandai à Serge de repartir avec sa compagne. En couchant avec elle il avait fait un choix. Tout était fini entre nous. Ma décision était irrévocable. Bien plus tard j’appris qu’elle était enceinte et qu’il se sentait obligé de l’épouser. Pour ma part : aucun remord. C’était plutôt une délivrance. Ainsi prit fin l’épisode Serge !





Article ajouté le 2007-11-29 , consulté 160 fois

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