Chapitre 1 BIOGRAPHIE TOME 2

STOP OU ENCORE

Biographie

TOME II
 

Chapitre 1
 

1967

La rencontre de Serge


          Me voici en ce début d'année 1967, meurtrie, déçue et dans un état de délabrement physique et moral avancés.  Je venais de me peser : trente huit kilos, le visage creusé, capable de passer derrière la tapisserie sans la décoller !

          Je ne sortais jamais seule craignant que quelqu'un de la famille Lauer  ne m'agresse et ne me prenne mon enfant. En effet, je recevais des menaces continuelles. Je trouvais des lettres anonymes dans la boite aux lettres, sans timbre, donc déposées et non envoyées. Papa en parla à la gendarmerie,  résultat ? Pas grand-chose à faire mais subitement, arrêt du courrier anonyme. Cela ne faisait pas disparaître le danger mais au moins je n'avais plus à lire ces horreurs.

          Maître Schaeffer commença la procédure de divorce et envoya la première convocation à Jean-Claude, chez ses parents. La tentative de conciliation était obligatoire. Personne ne répondit au courrier qui revint avec la mention « N'habite pas à l'adresse indiquée »

          Mana, la cousine de maman, greffière au tribunal nous avertit que Marie Lauer faisait une demande de garde pour son petit-fils. Etant donné que Jean-Claude ne vivait plus chez eux ni à Metz, elle n'eut pas gain de cause n'ayant pas le droit de faire cette demande.

          Début février, papa me trouva un mignon petit appartement de deux pièces, cuisine, salle de bains, 2, route de Sarrebruck à Metz, à cinq cents mètres de chez mes parents. Je pus y mettre tous les meubles que j'avais récupérés.

          Je n'y habitais pas, papa préférait, dans l'immédiat, que je réside avec la famille. C'était plus prudent. Papa avait payé toutes les factures, du moins les réglait au fur et à mesure de leur présentation. Jean-Claude avait laissé un beau chantier : Des dettes, fait des chèques sans provision, vendu plusieurs fois les mêmes meubles. Ce ne fut pas facile de tout récupérer !

          Le premier mars je trouvai un emploi de secrétaire de direction, adjointe de l'agence de la compagnie d'assurance COSMOS à Metz. Je m'occupai de dix agents et courtiers. C'était malaisé car les hommes ne tenaient pas vraiment à être sous les ordres d'une femme, surtout d'à peine vingt et un ans !

          Ma sœur, Sylvie, qui cherchait également du travail, trouva une place par mon intermédiaire chez le même agent mais dans la succursale de Jarny en Meurthe et Moselle. A quinze ans, elle était en apprentissage.

          En avril, j'eus envie de me détendre un peu. Micheline Reiter et Yveline, deux nouvelles amies habitant Bellecroix, me proposaient de les accompagner au bal de la fête du quartier.

          Comme tous les ans, un salon « Rosiers » ambulant  abritait un orchestre et une piste de danse en bois ciré. Maman m'encouragea à les suivre en disant qu'elle garderait Marc.

          Je fis la connaissance de Roland, le petit copain d'Yveline et de son frère, Serge. Ce dernier ne me quitta pas de la soirée. Il dansait bien, était beau et tendre. Que demander de plus ? Il insista pour me revoir le lendemain et me donna rendez-vous « au Chat Noir », un café à Plantières.

          Je dus ruser et dire à papa que j'allais chez Yveline, c'était d'ailleurs maman qui lui donna cette excuse. J'étais majeure et vaccinée mais papa était très protecteur et quand un homme m'approchait, il faisait aussitôt la grimace.

          Quand j'arrivai au Chat Noir, Roland et Yveline n'étaient pas encore là. Par contre, Serge, oui. Il n'était pas sûr que je viendrais. Pourquoi donc  puisque j'avais accepté ? Yveline lui avait dit que j'étais en instance de divorce et que je devais être prudente. Exact mais mon mari semblait être à Bordeaux selon les dernières indications. Mon avocat avait lancé un avis de recherche la semaine passée. Et mon fils ? Il était avec maman, je n'allais d'ailleurs pas rester longtemps afin de passer le reste du dimanche avec lui. Serge comprit et me proposa une petite promenade à pieds jusqu'au restaurant où se trouvaient Roland et Yveline. Voilà la raison de leur absence ! C'était voulu, Serge désirait me parler en tête à tête. Il me faisait des compliments sans arrêt.

          - Tu es très belle dans cet ensemble clair, différente d'hier soir dans ta robe fourreau mais tout aussi éblouissante à mes yeux.

          Cela faisait du bien d'entendre à nouveaux de telles paroles. Depuis que j'étais chez mes parents, je reprenais des couleurs, je commençais à revivre. Il continua en disant qu'il ne comprenait pas comment un homme marié avec moi n'avait pas tout fait pour me garder et m'aimer.

          Dès qu'il me parlait de mon mari, je me bloquais, je commençais à trembler intérieurement et la joie s'effaçait de mon visage. Il s'excusa aussitôt, m'attira contre lui et m'embrassa. Dans la rue, devant le restaurant ! Pas très prudent de ma part ! Yveline et Roland nous souriaient en disant qu'ils savaient pourquoi nous étions en retard en raison de notre mine réjouie. Durant tout le repas, Serge me dévorait des yeux, me prenait la main et la portait à ses lèvres. Qu'éprouvais-je à ce moment là ? Juste un bien-être, une envie de tendresse, un désir de revivre. Il m'a raccompagnée chez moi puis nous nous quittâmes sur un baiser. Il s'enflammait trop vite à mon goût. J'étais sans arrêt sur la défensive. Il le sentait et me disait que mon mari avait vraiment dû me faire souffrir pour que je sois dans un tel état. Je ne répondis pas. J'avais  envie de retrouver mon fils.



Article ajouté le 2007-11-28 , consulté 158 fois

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