Chapitre 19 suite et fin du Tome I Décembre 1966 la fin!
Décembre 1966
Les finances étaient au plus bas. Mon
mari ne travaillait plus du tout rentrait de plus en plus tard. Il ramenait le
lait pour le petit, que Marie achetait,
mais ne faisait plus attention à moi. Je n’avais rien mangé depuis trois jours
et j’avais horriblement mal à l’estomac. La pensée de mon fils me faisait tenir
mais combien de temps cela allait-il encore durer ? Un matin je dus boire
du lait en boite car j’avais sans arrêt des nausées. (J’appris plus tard que
c’était dû à un rétrécissement d’estomac) Il ne me restait plus que trente neuf
kilos ! Je lavais les biberons à
l’eau froide, et dans l’évier s’amoncelaient les casseroles que je ne pouvais
plus nettoyer convenablement car j’économisais la bouteille de gaz pour pouvoir
chauffer les biberons. Il gelait, moins dix degrés ! Je n’avais plus de
chauffage. La température de l’appartement avoisinait zéro degré ! Je
changeais Marc sous deux couvertures et m’y éclairais à l’aide d’une lampe de
poche. Ensuite, le bébé complètement emmitouflé dans l’édredon de son lit, je
le gardais dans les bras et tournais autour de la table, vêtue d’un manteau et
d’une écharpe, pour ne pas qu’il ait froid. Cette période fut l’enfer !
Jean-Claude était au chaud chez ses parents
et ne s’inquiétait pas le moins du monde de ce qui pouvait nous arriver. Il
arrivait vers une heure du matin et l’alcool lui tenait chaud ! A force de le harceler, il finit par trouver
un poêle à bois et pendant quelques jours l’appartement fut plus agréable.
J’économisais le bois en ne chauffant que le jour. Une nuit j’attendis mon mari
jusqu’à minuit. Je voulais avoir une discussion avec lui. Il fit tellement de
vacarme que Marc sursauta dans son lit et finalement se réveilla. J’étais
furieuse. Cette fois il n’allait pas s’en tirer ainsi ! Le petit ne
pouvait plus vivre dans une telle ambiance. Avais-je l’intention de le quitter
pour Claude ? C’était quoi cette nouvelle invention ? Sa mère lui
avait dit que Claude m’écrivait de Paris. Comment le savait-elle ? Et
surtout où était le mal ? Elle avait croisé Antoinette et l’avait appris
dans la conversation. Donc je ne niais pas ! Bien sûr que non ! Où
étaient les lettres ? Dans mon sac. Mon mari sauta sur mon sac à main, le
retourna et prit tout le courrier et se mit à le lire. Il disait avoir la
preuve maintenant que je le trompais parce que Claude écrivait qu’il
m’aimait bien et que je ne devais pas continuer à vivre aussi misérablement,
qu’il m’aiderait comme il l’avait déjà fait, qu’il me suffisait de lui dire ce
dont j’avais besoin pour Marc et moi. Et alors ? Qu’avais-je à me
reprocher ? Claude était le parrain de notre fils ! Là, suivirent
tous les noms d’oiseaux ! J’étais méprisable, exactement comme le disait sa mère ! Je repris
tout mon courrier et le jetai dans le poêle. Je détruisais les preuves de mon
infidélité ! Je ne discutai plus et allai me coucher. Le lendemain, comme
d’habitude, il me demanda pardon. Cela devenait lassant.
- Ma chérie, ne m’en veux pas…J’étais
jaloux…Ne me quitte pas…
Noël était trois jours plus tard et
je décidai de le passer chez mes parents. Je n’avais même plus d’argent pour
téléphoner d’une cabine ! Mon mari ne fit aucune difficulté quand je lui
fis part de mon intention, il avait simplement décidé de rester chez Marie ce
soir-là. Il ne savait que se lamenter sur notre situation mais ne se demandait
pas comment son fils et moi passions la journée.
Quel soulagement de me retrouver dans
un lieu chauffé et de pouvoir m’occuper de Marc sans craindre qu’il ne tombe
malade ! Papa et maman s’aperçurent immédiatement de mon triste état.
J’étais tellement lasse que je racontais tout. Papa se fâcha parce que je ne
lui avais pas téléphoné. Et comment ? Je n’avais plus rien !
- Ma pauvre chérie, il n’est pas
question que tu retournes dans cet appartement avant que tout ne soit en ordre.
Tu n’es plus que l’ombre de toi-même ! Qu’est-ce qu’ils ont fait de
toi ?
Le 24
décembre, j’eus du mal à manger car mon estomac avait perdu l’habitude de
recevoir de la nourriture solide. J’étais heureuse de me retrouver au milieu
d’une famille normale et aimante. Le lendemain, Jean-Claude se présenta à
Bellecroix. Mon père le reçut froidement et le sermonna. Comment avait-il pu
laisser sa femme et son fils sans chauffage, sans nourriture. Mais il avait
ramené le lait du bébé ! Et sa femme ? Il n’avait pas d’argent pour
faire les courses ! Papa était tellement révolté que je crus qu’il allait
le mettre à la porte. Mon mari voulait que je vienne chez ses parents avec
Marc. Je refusai. Je ne voulais plus les voir. Alors que je lui laisse Marc la
journée et je le récupérerais le soir. Et comment allions nous vivre
ensuite ? Je resterais chez mes parents le temps qu’il ait un autre
emploi. Papa accepta immédiatement
Tout comme moi, mes parents furent
réticents à remettre le petit à Jean-Claude, mais il avait le droit d’avoir son
fils le jour de Noël puisque moi je l’avais la veille. J’avais le cœur serré en
lui remettant notre fils, j’étais angoissée. Je n’aimais pas du tout ce que je
ressentais. Je faillis lui reprendre le petit. Maman tenta de me rassurer, ce
n’était que pour la journée !
A vingt heures, mon père me déposa
devant l’immeuble des Lauer. Devait-il m’attendre ? Non, pas la peine,
Jean-Claude me ramènerait. Quand je frappai à la porte, Jean-Claude me
dit :
- J’habille Marc et j’arrive. Il vaut
mieux que tu ne rentres pas, ma mère est de mauvaise humeur.
Il referma la porte. Je descendis en bas des
marches et attendis. Je trouvais le temps long. Je n’avais pas l’heure mais
environ trente plus tard, je frappai à nouveau à la porte. Marie ouvrit et me
dit :
- Jean-Claude va aller travailler à
Bordeaux avec son oncle René et il nous laisse le petit. Retournez chez vous.
Et elle me claqua la porte au nez. Je
fus tellement surprise que je restai un petit instant immobile. Je frappai à
nouveau à la porte, plusieurs fois, jusqu’à ce que Jean-Claude me dise qu’il
était d’accord avec sa mère. Pas question que je leur laisse mon fils !
C’était ainsi et je n’avais rien à dire !
Je descendis l’escalier en titubant
de colère ! Arrivée dans la rue, je tombais sur Jean-Paul Weber et de Sylvie,
sa femme ainsi que d’amis que je ne connaissais pas. Je leur décrivis la
situation en pleurant. Jean-Paul et ses potes proposèrent de m’aider. Ils
défonceraient la porte s’il le
fallait ! Comme prévu, personne ne nous ouvrit malgré notre insistance.
Les hommes tapèrent jusqu’à ce que la porte commençât à céder. Marie se décida
à donner un tour de clé. Je ne savais pas où se trouvait Marc. Sylvie entra
comme une tornade dans l’appartement. En la voyant, Marie se précipita vers une
chambre. Je criai :
- Sylvie il est là ! Dépêches
toi !
Elle prit l’enfant et la couverture
et s’enfuit très vite pendant que Marie me cognait contre le chambranle de la
porte. Tout m’était égal, Marc était avec Sylvie et plus personne ne me le
reprendrait ! Je fis signe à Jean-Paul de lâcher mon mari et de rejoindre
sa femme.
Louis Lauer, complètement ivre, était allongé
sur son lit ! J’empêchai Jean-Claude de suivre son « ami »,
devenu ex ami, en me mettant dans le passage du couloir. Marie hurlait comme
une forcenée qu’elle allait porter plainte et Jean-Claude me menaçait :
- Laisse-moi passer ! C’est mon
fils ! Ma mère a le droit de le garder en mon absence !
Je répondis avec un calme
extraordinaire rassurée parce que Marc était en bonnes mains et loin de tout ce
charivari.
- Absolument pas…Si tu n’es plus là,
elle n’a aucun droit…C’est fini…Vous nous avez fait trop de mal…
Il sentait affreusement
l’alcool ! Il me donna un fort coup de poing sur le visage en hurlant, et
je roulai dans l’escalier. Je ressentis des douleurs dans tout le corps et
n’arrivai pas à me relever. Marie affolée tira son fils dans l’appartement en
disant :
- Mon kiki, vite ferme la porte. Il
ne faut pas que quelqu’un sache que tu l’as poussée…Elle ne pourra rien
prouver…
Ne me voyant pas sortir, Jean-Paul
revint sur ses pas et me trouva, le visage en sang. Je me relevai péniblement
et il m’emmena chez un médecin pour le constat des sévices. Je passai la nuit
chez la famille Weber en prévenant mes parents que je ne viendrais pas avant le
lendemain, qu’il faisait trop froid pour sortir le petit mais sans leur dire où
je me trouvais. Au son de la voix de papa je compris aussitôt qu’il ne me
croyait pas. Il me posa des questions mais je lui dis que tout allait bien
maintenant. Je ne faisais qu’une omission provisoire.
Il était inutile qu’ils me voient dans un tel
état ! Mes frères et papa auraient été capables de descendre chez les
Lauer. J’en avais assez de toutes ces bagarres ! Le lendemain matin,
j’appelai mon père. Nous allâmes porter plainte à la gendarmerie, et non à la
police puisque Louis Lauer était au commissariat de Metz. Je déclarai également
que je quittais le domicile conjugal en raison de mauvais traitements et
brutalités sur ma personne. Ce n’était pas tout à fait légal mais papa m’assura
que l’avocat trouverait une solution.
Le 27 décembre 1966, j’entamai une
procédure de divorce avec l’aide de Maître Schaeffer, un avocat que papa
connaissait. Une semaine plus tard, Jean-Claude se présentait chez mes parents.
Il désirait me parler. Papa me dit de ne pas me laisser influencer, qu’un homme
qui battait sa femme ne méritait pas qu’on lui accorde une autre chance car il
recommencerait. J’acceptai quand même
d’écouter mon mari mais ne le laissai
pas entrer par prudence. Nous restâmes sur le palier. Il me supplia de ne pas
le quitter, de ne pas divorcer. Il se mit à genou, disait m’aimer et regretter
le mal qu’il m’avait fait. Ses paroles résonnaient douloureusement en moi mais
je ne pouvais plus lui faire confiance, d’ailleurs j’aurais dû réagir beaucoup
plus tôt. Du coup il se releva et cria :
- Tu me le paieras ! Toi et ton
maudit père !
Une fois de plus papa avait raison.
Tout n’était que simulacre. Je ne revis pas mon mari pendant dix huit ans, pas
avant que je ne le retrouve parce que Marc avait émis le désir de connaître son
géniteur lors de sa majorité. J’étais alors remariée depuis déjà treize ans.
FIN DU TOME I

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