Chapitre 19 suite : Août à novembre 1966
Nouvel échec
Un matin, Jean-Claude ne se leva pas.
D’habitude il quittait la maison à six heures. Il prétendait avoir pris un jour
de congé pour s’occuper de la voiture. Elle avait besoin d’une révision. A neuf
heures quelqu’un frappa à la porte : c’était papa ! Où donc était mon
mari ? Le directeur de la SNCF avait téléphoné chez mes parents en disant
que leur gendre ne tenait pas sa promesse. Je fis signe qu’il dormait. Mon père
se fâcha, le tira du lit et le traita de fainéant. Allez ouste, qu’il se
prépare et aille au boulot ! Mon mari ne se fit pas prier. Il n’avait pas
besoin de prendre sa voiture, papa l’emmènerait jusqu’à l’atelier de Montigny.
Je m’attendais à ce que Jean-Claude riposte de l’intrusion de mon père et de
son implication dans notre vie, mais il ne dit pas un mot. Il me regarda
tristement en disant : Je suis désolé…Désolé de quoi ?
Dans la soirée, Claude vint me voir
et me dit que mon mari n’était pas resté à l’atelier. Dès que mon père avait quitté
le coin de la rue, il était ressorti du bâtiment. C’était la fin, il était
définitivement licencié. Où était-il au moment présent ? Claude prit
quelques secondes avant de répondre qu’il l’ignorait. Il savait mais ne voulait
pas en parler. Chez ses parents ? Il fit non de la tête. Tout à coup je
repensai à la phrase de Marie. Que savait Claude à ce sujet ? J’insistai
tellement qu’il finit par dire qu’il n’y avait certainement pas de fumée sans
feu. Il ne voulut pas en dire davantage mais cela me suffisait.
Jean-Claude rentra tard mais pas ivre. Il m’expliqua qu’il avait trouvé un travail chez un transporteur SORETRA route de Plappeville à Metz en tant que chauffeur Poids lourd. C’était vrai. Il commença le 24 août. Hélas le 27 septembre il démissionnait !
L’argent qu’il ramenait à la maison
venait de sources inconnues. Je ne l’appris que fin novembre au baptême de la
fille d’Antoinette.
Cette journée, si bien commencée, fut
très pénible et surprenante à la fin. Au fil des heures, Jean-Claude buvait,
avant le repas, pendant et après et en grande quantité. Il finit par s’écrouler
sur la table et à ronfler. J’avais honte de son attitude. Quand les invités
quittèrent la maison, mon mari était incapable de prendre le volant. Antoinette
me proposa de rester jusqu’au lendemain. Je m’installai donc sur le canapé
tandis que Marc dormait dans son landau. Je voulais rester près de lui.
Aux premières lueurs de l’aube, je
sentis une présence à mes côtés. Claude ! Que faisait-il assis au bord du
canapé ? Il me regardait dormir en se disant que Jean-Claude était un
idiot ! Il me prit la main :
-Violette tu ne peux pas continuer à
vivre ainsi. Tu n’es plus que l’ombre de toi-même ! Je suis vraiment
triste pour toi.
Qu’est-ce qui lui prenait tout à
coup ? Il m’avoua qu’il allait quitter la région, qu’il était muté à
Paris. Antoinette et lui craignaient de me laisser entre les griffes de mon
mari étant donné les péripéties précédentes. Puis il affirma être très triste
de me quitter. Il ne put continuer sur sa lancée car Jean-Claude se leva de la
chaise et les yeux injectés de sang, la mine grisâtre, demanda en hurlant ce
que nous complotions tous les deux. Je ne répondis pas à sa question. Avait-il
désoûlé un peu ? Pouvions nous enfin rentrer à la maison ? Il
prononça des mots sans suite et réveilla toute la maison. Quel départ en
fanfare !

Commentaires