Chapitre 19 suite 28 Mai 1966 Naissance de Marc
28 mai 1966
Naissance de Marc
Je me levai ce matin là en me disant
que cela faisait exactement neuf mois et huit jours que j’étais enceinte. Je le
savais car le seul rapport que j’avais eu en août était le jour de mon
anniversaire, le 20 août 1965. Je demandai donc à Jean-Claude de m’emmener à la
clinique « Les berceaux » à Metz Woippy. Il irait ensuite prévenir
mes parents puis se rendrait à son travail.
La sage-femme l’avisa que le bébé n’arriverait
que dans la soirée car il s’agissait d’un premier enfant et d’un accouchement
provoqué. Marie voulut m’accompagner et rester près de moi. Je n’avais pas
envie de me battre ce jour là. Il fut convenu quelle cèderait la place à Maman
quand elle arriverait. J’avais à peine la perfusion dans le bras que les
contractions commencèrent. Je fus surprise par la violence des douleurs mais je
me disais que c’était supportable. La péridurale n’existait pas alors !
Maman arriva au moment où une forte nausée provoquée par une contraction me fit
vomir sur le chemisier de Marie ! Elle criait :
- Regardez ce que votre fille m’a
fait !
Maman répondit tout calmement que je
ne l’avais pas fait volontairement et que crier ne servait à rien. Elle lui
demanda de sortir afin de ne pas me stresser. Marie répondit méchamment et de
façon stupide :
- Oh je vous laisse la place !
Votre fille aurait pu se retenir !
La sage-femme confirma que le bébé ne
viendrait que dans six ou sept heures, minimum. Les contractions étaient
rapprochées ce qui inquiétait maman. Moins de quarante cinq minutes plus tard
je dis que je poussais sans le vouloir….La sage-femme sceptique enfila un gant
mais n’eut pas le temps de mettre le second !
A Quatorze heures trente cinq minutes
le bébé arrivait ! 2 kilos 800, 50 centimètres. Il avait les yeux grands ouverts ! Un regard noisette
comme son père et des cheveux foncés. Je ne cessais de le regarder, je
n’arrivais pas à croire que ce bébé tant attendu était à présent là, à côté de
moi ! Aussitôt dans la chambre, j’appelai Jean-Claude à son travail. Il
était absent ! Je renouvelai l’appel deux heures plus tard, toujours
absent ! Marie, qui finalement
n’était pas partie, semblait bizarre. Son fils serait-il chez elle avec son
père ? Non, elle ignorait également où il se trouvait. Pourtant quelque
chose clochait…Elle ne disait pas toute la vérité. Elle voulut déclarer le bébé
à la mairie mais je refusai. La sage-femme allait me ramener les papiers et je
les remplirai avec mon mari. Je n’avais aucune confiance en ma belle-mère.
Jean-Claude arriva vers dix huit
heures peu après le départ de sa mère et de maman. Avant de me dire bonjour il se précipita dans
la salle de bain en disant :
- J’ai crevé ! J’ai les mains
pleines de cambouis ! J’arrive tout de suite ! Comment te
sens-tu ?
Je lui répondis que son fils était
arrivé…Silence….Puis, de qui est-ce que je parlais ? Mais de son
fils ! Là, près de moi…Il se mit à trembler… J’avais déjà accouchée !
Mais ce n’était prévu pour vingt heures ! Il s’approcha, regarda le
bébé et là seulement vint près de moi.
- Chérie, il est magnifique ! Je
suis tellement désolé de n’arriver que maintenant ! Je ne pensai pas que
cela irait si vite !
Nous avons ensuite rempli les papiers
pour Marc, Claude, Louis Vianney qui devint le lendemain, Marc Louis, Claude
Vianney. Mon mari avait interverti les prénoms pour faire plaisir à ses
parents. Sa mère me l’annonça toute heureuse et satisfaite. Je ne cachai pas
mon mécontentement et lui demandai de me laisser tranquille pour la journée.
Elle insista pour langer le bébé avec l’assistante maternelle, je refusai
catégoriquement. Partout où elle passait elle mettait la pagaille ! Quelle
s’en aille !
- J’en parlerai à mon kiki, vous
n’avez aucun droit d’agir ainsi ! C’est le fils de mon kiki et c’est à lui
de décider !
Papa
entrait dans la chambre, et entendant
les cris de la belle-mère, appela l’infirmière. Elle s’adressa à Marie poliment
mais fermement…
- Madame veuillez quitter cette
chambre, madame Lauer a besoin de calme…Vous êtes dans une clinique alors un
peu de respect s’il vous plait….
Marie s’étouffa presque en répondant :
Madame Lauer ! Je ne
l’appellerais pas…
Elle ne put jamais finir sa phrase,
l’infirmière lui claqua la porte au nez. Mon père était de plus en plus inquiet
quant à la suite des évènements. Il savait que cette femme serait un obstacle
au bonheur de sa fille, mais cela dépassait tout ce qu’il avait pu
imaginer !
Moi j’avais déjà oublié la
scène ! Je regardais Marc. Mon fils était à présent ma seule raison de
vivre. Je me sentais des ailes tellement j’étais heureuse de sa venue !
J’étais prête à me battre contre des moulins à vents s’il le fallait !
Quelques jours plus tard c’était la fête des mères et ma chambre fut soudain
remplie de fleurs. Les amis, les parents et la clinique ainsi que la ville de
Metz, tous avaient apporté ou fait
livrer des gerbes magnifiques.
A ma sortie de clinique, papa et
maman ramenèrent les plantes chez moi sous l’œil désapprobateur de Marie.
Qu’avait-elle encore ? Je n’aurais pas le temps de m’occuper des plantes
avec un bébé il valait mieux les mettre chez elle…Inouï ! je crus
vraiment que papa allait perdre son calme mais il se contrôla en me disant :
- Ma chérie, nous allons mettre tout
cela dans l’entrée, cela fera très joli dans le décor.
Je sentais maman au bord de
l’explosion quand Marie dit à son fils que nous devrions rester quelques jours
chez elle car j’étais trop jeune pour savoir ce qu’il fallait faire avec un
nourrisson. Maman lui répondit :
- Violette allaite son enfant, de
plus elle a besoin de calme et d’intimité avec son mari Il est préférable
qu’ils rentrent chez eux…
Jean-Claude, voyant sa mère rouge de
colère, me fixa, indécis. Je dis simplement :
-
Nous rentrons à
la maison….Chez nous…

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