Chapitre 18 suite : Noël 1965

          Noël 1965


Depuis qu’il avait la voiture, Jean-Claude arrivait plus tard que d’habitude. J’appris par Claude qu’il passait à nouveau tous les soirs chez ses parents boire l’apéritif avant de rentrer à la maison. Le fait d’avoir une voiture faisait donc tout à fait l’inverse de ce que pensait papa en la lui offrant. Il arriva même une nuit vers deux heures complètement éméché. Comme je n’ouvrais pas assez vite, il tapait sur la porte avec ses poings. Qu’est-ce que tu foutais ! T’es sourde ! J’étais dans le premier sommeil et j’eus du mal à le reconnaître ! Il lança ses chaussures dans la chambre, tout comme ses vêtements et soudain voulut sauter sur moi.

 

          - Ne me touche pas ! Tant que tu boiras ainsi il sera inutile de m’approcher !

 

          Il ricana, me tira par le bras mais je me dégageai et courus dans le salon où je passais le reste de la nuit. J’étais frigorifiée parce que le poêle s’était éteint. Mon mari avait oublié de ramener du fuel. J’attendis qu’il s’endorme, ce qui ne tarda guère et je m’enveloppai dans la couverture prise sur le lit. Le lendemain, quand il me trouva recroquevillée sur le fauteuil, il me demanda ce qui s’était passé et pourquoi je n’étais pas dans la chambre. S’en souvenait-il vraiment pas ? Après mes explications il me demanda pardon, une nouvelle fois, et me jura que cela ne se reproduirait plus…Il valait mieux sinon je partirais.

 

          Antoinette était également enceinte et cela causait beaucoup de problèmes à Claude parce qu’il n’était pas vraiment divorcé. Elle était déjà tellement mal que je ne lui parlai de mes déboires conjugaux.

 

          Les fêtes de Noël approchaient et Marie insistait pour que nous les passions chez elle alors qu’il avait été prévu que le 24 au soir nous serions chez les miens et le 25 chez elle. La soirée s’était bien passée, Jean-Claude n’avait pas trop bu mais le lendemain ce fut l’enfer !

 

          Je venais de sentir remuer le bébé et c’était une sensation formidable. Tout ce qui se passait autour de moi m’était indifférent ! J’entendais les paroles en sourdine si bien que Marie se mit soudain à crier : Où donc avez-vous la tête ? A qui pensez-vous ?  Jean-Claude me fixa puis répondit à sa mère que je devais être fatiguée.

 

          J’aurais voulu faire partager ma joie de sentir la vie en moi mais dans un tel contexte c’était inutile. Je demandai à Jean-Claude de me ramener chez mes parents, j’avais besoin de me reposer. Ne pouvais-je le faire ici ? J’avais besoin de calme aussi…Marie n’insista pas beaucoup : ramène là mon kiki, tu iras la rechercher plus tard pour rentrer chez vous, mais reviens vite…Dans la voiture je lui dis de ne pas trop boire, surtout s’il fallait reprendre la route ensuite. Ne crains rien…J’avais tout à craindre !

 

          Il arriva chez mes parents vers minuit ! En entendant sa façon de frapper à la porte, maman comprit qu’il avait forcé sur la boisson. Violette dort déjà et vous ne pouvez pas conduire dans cet état, ce ne serait pas raisonnable. Il se laissa convaincre et resta. Je l’avais échappé belle ! Cette fois !

 



Article ajouté le 2007-11-10 , consulté 157 fois

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