Chapitre 2 suite Rencontre imprévue mai 1968
Mai 1968
La crise estudiantine provoquait des nuits d'émeutes dans le quartier Latin à Paris. Les barricades se dressaient et cela prenait de l'ampleur également en Province. Les syndicats appelaient à la grève générale qui eu d'ailleurs lieu le 13 mai. C'était la pagaille dans les rues : pavés dans les vitrines, incendies de voitures, actes de vandalisme divers. Les camions militaires prenaient la relève des transports bloqués. Tout était paralysé. Cette explosion de colère était-elle justifiée ? Les causes du conflit général étaient solidement enracinées dans la Société. Le Général De Gaulle avait qualifié cette révolution de « Chienlit » et à la fin du mois annonçait la dissolution de l'Assemblée Nationale.
Dans la famille, c'était simplement l'anniversaire de Marc, mon petit bonhomme avait deux ans et avec ses oncles, Vianney et Reynold, il s'amusait à reconnaître du balcon, les voitures qui passaient dans la rue. Il énumérait les noms des véhicules avec une formidable mémoire. Sa tante et marraine, Sylvie, l'adorait.
La famille avait accueilli avec bienveillance mon fils et chaque fois qu'il prononçait « papa » en regardant son grand-père, ce dernier avait les yeux brillants…Son parrain, Claude Seivert, lui faisait également des cadeaux mais en cachette de papa. Effectivement, mon père le détestait pour je ne sais quelle obscure raison, ou plutôt si, je me doutais du motif de cette haine.
Claude avait vécu avec Antoinette sans être marié, papa disait qu'il avait horreur des couples vivant « à la colle », expression très péjorative à l'époque. L'union libre était mal vue par les puritains. Papa pensait également que j'avais eu une liaison avec cet homme.
Claude m'avait bien déclaré sa flamme et envoyé des lettres enflammées mais sans résultat ni conséquence. J'avais juste passé une nuit avec lui au « Palladium », une boite de spectacle et de striptease mais sans plus. Il n'y avait pas de quoi en faire un drame. Il était à Metz pour deux jours et ensuite repartait à Paris.
Je voyais de temps en temps sa mère, je lui rendais visite avec Marc car elle nous aimait bien. Papa m'en faisait le reproche mais je ne voyais vraiment pas pourquoi. Ce fut l'antipathie immédiate entre papa et Claude. Par contre, de Jean-Claude, aucune nouvelle. Il avait totalement disparu. La recherche dans l'intérêt des famille fut vaine d'où l'obtention du certificat de vaines recherches. Le divorce traînait en longueur.
Plus tard la radio annonçait le décès de Bob Kennedy. Cela me toucha moins qu'en 1963 pour John Kennedy où j'avais pleuré à chaudes larmes. Ce n'était vraiment pas la gloire aux Etats-Unis ! Destruction de trois symboles d'espoir et de démocratie par la disparition du trio John, Bob Kennedy et le leader noir Martin Luther King ! Tandis qu'en France, le succès des gaullistes était assuré lors des élections législatives.
Début juillet je rencontrais Antoinette en ville à l'agence pour l'emploi. Nous ne nous étions pas revues depuis ma demande en divorce. Elle semblait un peu gênée en me voyant. Je compris pour quelle raison ensuite, au cours de la conversation.
Jean-Claude lui avait annoncé que Claude avait une liaison avec moi ! Et quoi encore ? Avec beaucoup de mal je réussis à lui extirper une confidence à laquelle je ne m'attendais pas : elle avait couché avec mon mari ! Comme Claude ne s'occupait plus d'elle depuis son départ à Paris et qu'elle avait appris qu'il m'adressait souvent des lettres, elle avait cédé à Jean-Claude qui attisait sa jalousie par ses mensonges. Quel bazar ! Tout cela se passait alors que Jean-Claude et moi vivions encore ensembles ! Bravo ! Quelle amitié ! La première colère passée, je me mis à rire.
J'appris qu'elle cherchait une personne pour la remplacer au Bowling des Ambassadeurs, juste pour août. Elle avait besoin de ce mois de congé car elle se mariait avec un pilote de l'armée de l'air basé à Metz Frescaty. Pourquoi ne le ferais-je pas ? Mais je n'y connaissais rien ! Barmaid n'était pas ma tasse de thé ! J'apprendrais vite et puis elle m'aiderait la première semaine ! Je lui demandai quelques jours de réflexion.
Finalement, le lendemain, je lui donnai une réponse affirmative pas seulement parce que je n'avais pas de contrat en cours mais parce que je venais d'avoir une mission spéciale, et un emploi au bowling serait une très bonne couverture. J'étais un peu inquiète car cela s'avérait assez dangereux.
Le lendemain j'avais donc rejoint Antoinette au Bowling des Ambassadeurs pour rencontrer le patron. J'étais novice, allait-il m'engager ? Je mis tous les atouts de mon côté : cheveux longs sur les épaules, robe près du corps et courte, maquillage discret, et sourire jusqu'aux oreilles. Il devait craquer ! Je sentis immédiatement que je plaisais à « monsieur Théo » quand il m'examina d'un air satisfait en disant :
- Antoinette m'avait dit que vous n'étiez pas mal…Elle était loin de la vérité ! Votre regard me plait, tout comme votre esprit : affaire conclue ? Affaire conclue.
Je devais commencer le lundi suivant. J'avais quand même quelques craintes, c'était un domaine totalement inconnu pour moi et madame Théo n'avait pas l'air enchantée de cette embauche…Bon, je verrais bien.

Commentaires